La Russie repart en … vrille

cornichon-Poutine

Vous souvenez-vous de la chute du mur dont nous avons fêté le 25e anniversaire il y a peu? Pour l’Europe, ce fut un grand jour marquant la fin d’une guerre froide qui avait scindé en deux le monde et l’avait plongé pendant des décennies dans la peur d’une guerre nucléaire. Pour ma part, je m’en souviens bien. Nous les « Insulaner », ces Berlinois de l’ouest encerclés par un mur, avions peine à y croire quand il chuta de manière totalement imprévue et je me souviens des regards surpris, incrédules et puis des larmes de joie. Pourtant ce qui, pour la grande partie des Européens, fut un jour de réjouissance, fut un traumatisme pour certains, dont un dénommé Poutine, nous y reviendrons.

Sept ans plus tard, la Russie nouvellement capitaliste et dépouillée de son empire soviétique replongea dans une nouvelle crise, économique et venue de l’Est cette fois. Un PIB fondu de 50% et contrairement à l’Allemagne, sans grand frère pour rattraper la chute. En 1997, la Russie semblait néanmoins lentement retrouver la voie de la croissance. À cet instant une crise débute en Thaïlande puis se propage en Asie avant d’atteindre la Russie. Le rouble dévisse alors de 60% en deux semaines. En juin, la dette dépasse joyeusement les réserves de la banque centrale russe. Bref, tout va mal. La dévaluation contrôlée permet finalement de freiner la chute et la Russie, ayant touché le fond, repart. C’est alors qu’un homme politique qui aime la bonne vieille politique musclée empruntée directement au 19e siècle a décidé de jouer gros. Trop gros peut-être. Car ce que l’on voit poindre à l’horizon depuis quelques jours c’est, bis repetita, la chute du rouble. Mais pourquoi donc ? Plusieurs raisons : tout d’abord la chute du prix du pétrole fait chuter les revenus de la Russie largement dépendante de ses exportations d’hydrocarbures. Ensuite parce que les marchés sont cruels. La spéculation contre la monnaie russe bat son plein. Et puis voilà, Poutine a eu l’excellente initiative de s’installer en Ukraine comme au bon vieux temps des annexions. Nous parlions de traumatismes. Poutine n’a jamais véritablement pu se faire à l’idée que l’empire soviétique ait coulé sans gloire. Il s’est rêvé un peu Chuck Norris en tuant des tigres à mains nues la poitrine velue au vent. Il voulait revenir au bon vieux temps de la guerre comme suite naturelle de la diplomatie qui avait si bien marché, par exemple en 1914. On découpe un pays par-ci, on annexe par là, on joue du muscle et de la testostérone et on finance allègrement les partis d’extrême droite en Europe pour affaiblir les voisins. Il avait retenu la leçon, le communisme, ça marche plus alors que la xénophobie et le nationalisme, ça marche bien en ce moment. Autant en profiter, pour graisser la patte de ceux qui dénoncent à tout va le « tous pourris » général.

Mais voilà, ni l’Europe, directement menacée par le géant maladif, ni l’ancien meilleur ennemi, les USA, n’avaient l’intention de laisser l’Ukraine, complètement édentée face à son maître passé, complètement tombé. En Europe, on n’a pas vraiment d’armée. Chaque pays en a une, certes, mais pas de quoi faire trembler un colosse comme la Russie. On se sert d’ailleurs beaucoup de celle de nos alliés américains. La confrontation directe de toute manière, c’est coûteux en vies, mauvais pour tout le monde et ça alimente une folie dont on ne mesure pas vraiment les conséquences. Par contre, il nous reste un certain poids économique et, quand les USA se joignent à nous, l’effet n’est pas négligeable. Du coup, voilà la Russie sous le triple feu de la chute du prix du pétrole, la spéculation contre sa monnaie et les sanctions largement méritées du bloc occidental. La guerre aujourd’hui entre puissances nucléaires, elle se fait sur le terrain des nerfs et le nerf de la guerre, c’est l’argent. L’Union soviétique a déjà perdu la compétition sur ce terrain, la Russie ne fera guère mieux a priori. Poutine n’a d’ailleurs qu’un piètre sens des affaires. Pour un Depardieu en fin de course, il a vu s’envoler 100 milliards d’euros de capitaux qui ont joyeusement déserté le pays. Il faudrait tourner 50 films ayant un succès comparable à Avatar pour compenser ce manque à gagner et je vois mal notre Gérard à nous en alien souple, svelte et bleu. Dans un cross-over des Schtroumpfs et d’Astérix peut-être… revenons aux choses sérieuses. La banque centrale russe a réagi rapidement et a relevé son taux directeur, massacrant ainsi tous les ménages russes au passage dont le pouvoir d’achat était déjà en chute libre et certains commerçants russes font désormais le choix d’afficher leurs prix en dollars ou en euros, c’est dire si la confiance règne.

Poutine peut-il encore faire quelque chose ? Qui sait. Une des possibilités serait de continuer à se tourner vers ses derniers « alliés » de circonstance, les Chinois. Un marché avec la Chine, surtout quand on est en position de faiblesse, n’est jamais à l’avantage du quémandeur. La Russie vend déjà ses réserves en hydrocarbures au géant énergivore asiatique. Si elle vient maintenant demander un crédit de plus de 100 milliards de dollars au seul pays capable de lui fournir cette somme avec le sourire, les rêves de gloire retrouvée de Poutine pourraient se transformer en sérieuse dépendance.

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Classé dans La chronique du bocal à cornichons

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