Il n’existe en ce bas monde que deux personnes de confiance, la première est déjà morte et la deuxième pas encore née.

Cornichon-Thorin

Décidément, l’économie reste un sujet intéressant. Dans un monde idéal, passer un accord avec quelqu’un serait toujours gagnant-gagnant. Dans la réalité par contre, depuis nos lointains ancêtres, l’Homme fait en sorte qu’il y ait un gagnant un peu plus gagnant que les autres et un gagnant un peu plus perdant. D’ailleurs, si quelqu’un commence à vous expliquer à quel point un marché est dans votre intérêt et que lui fait presque de l’humanitaire, c’est que vous êtes en train de vous faire avoir jusqu’au trognon. En revanche, il existe une certaine confiance naturelle envers les démocraties de manière générale. Le droit y est écrit, il est normalement appliqué, les représentants au pouvoir sont élus et on peut faire de jolis contrats qui assurent un certain respect des règles et conditions des échanges. La confiance est quelque chose de fragile que l’on construit dans le temps. La défiance, en revanche, est hautement contagieuse et se répand très, très vite.

Il existe un test amusant que je fais régulièrement en cours de rhétorique et de communication pour illustrer ce principe. Serrez la main à quelqu’un. Puis à un deuxième et un troisième. Au fil du temps, le serrage de main relativement prudent entre étudiant et professeur devient plus rapide et naturel. Chacun ayant observé son prédécesseur et vu qu’il n’y avait aucun piège. Maintenant, au lieu de continuer à serrer la main, vous la retirez brusquement, une fois, deux fois puis trois fois. Votre victime cessera alors de vouloir être tournée en bourrique et refusera de vous serrer la main. Si vous passez à son voisin, ce dernier refusera ou tout au moins fera preuve de beaucoup de méfiance envers votre main tendue. Vous avez alors perdu la confiance de toute la salle. C’est un comportement naturel inné. Chaque État construit sa réputation de la même manière. S’il ne change pas les règles du jeu en cours de route et respecte ses engagements, les investisseurs lui feront confiance et seront prêts à prendre des risques de plus en plus importants en investissant de larges sommes et en développant leurs activités, sachant qu’ils jouent avec un partenaire fiable. Si vous aviez, disons 10 millions d’euros pour investir dans une entreprise à long terme et que je vous donne le choix entre l’Allemagne et le Libéria, je pense que ce dernier serait assez facile à faire. Prenons maintenant la France. On aimerait voir s’installer des investisseurs et connaître un développement fort. Mais voilà, la France c’est le pays des ronds-points et des virages à 180°. Vous vous souvenez de la décision de forcer tous les usagers à mettre des alcootests dans leurs voitures? Bonne ou mauvaise, là n’est pas la question, cette décision a eu un impact direct sur le marché avec une pénurie immédiate des fameux tests. Alors, certains ont fait ce que tout homme d’affaires confiant aurait fait, ils ont recruté et investi pour pouvoir faire face à une demande en expansion. Tout faux. La mesure a été annulée, les ventes se sont effondrées. Puis bim, récidive, le gouvernement lance l’écotaxe. Là encore, bonne ou mauvaise, la décision est prise, l’argent investi, les portiques construits, les manuels d’auto-école imprimés et les panneaux montés. Quelques bonnets rouges et routiers plus tard, et l’écotaxe n’est plus. Mine de rien, on vient de faire partir joyeusement plus d’un milliard d’euros d’argent public en fumée. Argent public, c’est le mot gentil pour dire nos sous à tous, certains oubliant par moment que l’État, c’est nous.

Donc, une rupture de contrat plus loin, il manque toujours autant de sous dans les caisses, voire même plus qu’avant. Un peu comme le joueur de poker qui joue pour faire fortune et finit définitivement ruiné. Pas grave, se dit-on alors, on va faire payer les automobilistes, ils ont l’habitude. L’ennui étant que cela ne suffit guère et qu’il faut trouver beaucoup plus d’argent. Une idée de génie survient : on va récupérer des sous dans la poche des sociétés qui gèrent les autoroutes et qui pourront à leur tour venir piocher dans la poche des automobilistes. Sauf que voilà, il faut garder les apparences. Alors, on va en même temps faire la morale. La Cour des comptes a déjà pointé les rentes des concessionnaires, du coup, c’est légitime et on se dit que pour une fois, c’est une bonne idée. Allez, vive le gel des tarifs pour 2015 ! Oui, mais non. En fait l’État n’ayant plus d’argent, il a fait appel en 2013 à ces mêmes concessionnaires pour créer des emplois et investir dans le développement des infrastructures. La priorité d’alors est d’inverser la courbe du chômage pour redorer un peu l’image du président mal-aimé. Les scooters n’allant pas sur l’autoroute, on fait donc un deal avec les entreprises qui s’engagent même à verser plus de redevances. Le tout naturellement sans impacter leur rentabilité. L’automobiliste sera donc ponctionné un peu plus fort.

L’État accepte en 2013 les termes de cette compensation qui prévoit une hausse pour 2015 de 0,57% en plus des hausses annuelles traditionnelles. Et crac, voilà que l’État veut à nouveau changer les règles du jeu comme un enfant particulièrement mauvais joueur. Donc, non seulement dès que ça résiste un peu, on ponctionne jusqu’à plus soif les contribuables x-fois pour les mêmes services, en regrettant hypocritement le recul de la consommation des ménages, mais en plus, on fait tout, mais vraiment tout pour détruire la confiance. Sinon, il reste la solution de reculer le problème en lissant les échéances, ça permettra même de pointer du doigt le gouvernement suivant. Elle n’est pas belle la vie ? S’il reste encore un investisseur qui nous fasse confiance après ça…

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Classé dans La chronique du bocal à cornichons

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