Les Franciscains sur la paille

Cornichons-franciscains

Une histoire de confiance, troisième volet.

Un peu d’histoire pour ceux qui ne connaîtraient pas bien les Franciscains. Les Franciscains, ou plus exactement l’Ordre des frères mineurs sont un ordre religieux né en Italie en 1209. Le père fondateur de cet ordre n’est autre que François d’Assise, celui-là même qui inspira le pape actuel dans le choix de son nom d’artiste. François d’Assise choisit le terme de frère mineur pour désigner sa confrérie, en référence aux Évangiles, et plus exactement à Mathieu 25:40 :

« Et le Roi répondant, leur dira : en vérité je vous dis, qu’en tant que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, vous me l’avez fait [à moi-même]. »

L’idéal de François, c’est Jésus, et il fonde l’ensemble des règles qui régissent l’ordre sur un respect total des enseignements de ce dernier. L’un des principes de François est la pauvreté absolue, ce qui poussera bon nombre de ses contemporains à considérer les Franciscains comme un ordre de pouilleux. D’ailleurs, à peine François a-t-il rendu l’âme, que ses successeurs vont se déchirer entre eux. Ceux qui tentent de conserver l’héritage intellectuel de François seront plusieurs fois accusés d’hérésie et livrés à l’inquisition pour être brulés, torturés ou emprisonnés. Les autres ayant fait le choix de mettre la pauvreté sur le mode optionnel se voient récompensés. Jean XXII explique même dans une bulle que finalement Jésus n’était pas vraiment pauvre et que l’argent, ben ça a du bon.

Dans les années 1670-1680, ils sont impliqués dans la révolte des Pueblos au Nouveau-Mexique. Les Franciscains sont reconnus coupables d’excès en tout genre, dont des abus sexuels sur la population locale. Une révolte et un massacre civilisateur des Pueblos plus tard, en 1696, le Nouveau-Mexique est de nouveau sous domination franciscano-espagnole. On revend en passant quelques centaines d’Indiens capturés comme esclaves et puis on retourne à ses occupations. Depuis la fin des années 1980, les Franciscains sont une ONG et bossent pour l’ONU.

Le dernier gros scandale en date remonte à 2010 avec les révélations sur une école jésuite en Allemagne, le collège Canisius de Berlin, qui fait partiellement le jour sur une des plus importantes affaires d’abus pédophile de l’histoire du pays et ternit durablement l’image de l’Église dans son ensemble. Les témoignages affluent de toute l’Allemagne de collèges de jésuites, d’orphelinats, d’internats ou maisons pour handicapés, histoire de rester dans le sordide. Alors que les Franciscains n’étaient pas, au début, directement concernés, il s’avère au fil du temps et des révélations qu’ils ne font pas vraiment exception à la règle. En 2012, le prêtre franciscain Benedict Groesche en remet une couche dans une interview qu’il donne au « National Catholic Register ». En fait, nous explique ce sympathique papi aux mœurs incertaines, ce n’est pas le pédophile qui est le méchant, c’est l’enfant qui sournoisement séduit des pauvres messieurs en situation de faiblesse caractérisée. Le texte est tellement monstrueux, qu’il est retiré du journal et remplacé par des excuses. Groesche esquissera mollement un semblant de regret en expliquant que son esprit n’est peut-être plus aussi vif que d’antan. Mis à part ces dérives, les Franciscains jouissent d’un capital sympathie assez fort et ont su se tenir à l’écart des gros scandales. Dans  Il nome della rosa (Le nom de la Rose) d’Umberto Eco par exemple, les gentils sont des Franciscains et les vilains des Bénédictins. Il faut dire qu’un clergé pauvre et simple est pour le commun des mortels bien plus agréable qu’un clergé plein aux as et bien nourri qui explique à ses ouailles qu’il faut se serrer la ceinture pour avoir le droit à sa place au paradis. Avec 14000 membres, les Franciscains sont aujourd’hui le deuxième ordre religieux.

Que n’est-il pas alors surprenant de découvrir que les Franciscains sont au bord de la faillite ! Déjà on est presque surpris qu’ils aient des sous. Non seulement ils avaient de l’argent, mais ils en avaient beaucoup, eux qui prêchent pauvreté et modestie. On apprend dans plusieurs journaux dont « Corriere della sera » qu’ils sont mêlés à une série impressionnante de transactions pas catholiques pour un sou et qu’ils croulent donc désormais sous les dettes.

Il s’agit en fait de trafic de drogue, de trafic d’armes, de comptes en Suisse, d’argent sale et d’un hôtel de luxe. Dans une lettre ouverte (Lettera a tutti i Frati dell’Ordine – http://www.ofm.org/ofm/?p=8757&lang=it) de Michael Anthony Perry, on peut lire que personne ne savait rien, mais que maintenant que les caisses sont vides, il serait charitable de bien vouloir aider à les remplir.

Il faut dire que l’acquisition de l’hôtel « Il Cantico », au cœur de Rome et avec vue sur la place St-Pierre a couté des millions. En sachant qu’une partie de la somme allouée à cet établissement de luxe aurait miraculeusement disparu. L’argent en Suisse quant à lui aurait, selon le journal italien « Panorama », servi à financer des entreprises de trafic de drogue et d’armes un peu partout dans le monde ainsi que diverses autres activités criminelles. À peine deux ans après le scandale financier de la banque du Vatican, le pauvre Pape François n’est pas au bout de ses peines.

Je parlais de dissonance entre message et réalité et je pense que ce qui choque particulièrement dans une affaire comme celle-ci, c’est l’écrasante contradiction entre l’image que les Franciscains aimeraient donner et la réalité des faits. Soyons clairs, tous les Franciscains ne sont pas des criminels simplement parce qu’une partie d’entre eux dilapide joyeusement les fonds de l’ordre. D’autant qu’il ne s’agit à première vue que des Franciscains italiens, ceux d’Autriche par exemple sont indépendants financièrement.

Tous les prêtres ne sont pas non plus des pédophiles, la caricature serait trop simple et je n’ai pas l’intention de glisser dans un anticléricalisme primaire. Non, ce qui me frappe personnellement et me frappera toujours, c’est cette extraordinaire capacité à décréter ce qui est bien et ce qui est mal pour les autres, tout en faisant royalement abstraction de ces règles pour soi-même. Si les concernés croient vraiment en ce Dieu qu’ils nous décrivent, je ne vois que deux explications. Soit ils sont complètement schizophrènes, soit ils ont conscience qu’ils vont passer l’éternité sur une rôtissoire amplement méritée.

À moins que, comme sous Jean XXII, on nous explique que finalement Jésus vendait des armes et de la beuh sur les marches du temple quatre étoiles, et que donc ,ce n’est pas bien grave que tout cela. Ou comme le disait déjà le baron d’Holbach dans sa Théologie portative :

Doctrine. C’est ce que tout bon chrétien doit croire sous peine d’être brûlé, soit dans ce monde soit dans l’autre. Les dogmes de la Religion sont des décrets immuables de Dieu, qui ne peut changer d’avis que quand l’Église en change.

J’ai du mal à voir comment il va être possible de sortir de cette histoire sans une perte conséquente de confiance auprès du consommateur. Je ne remets de fait nullement en doute la capacité des responsables à trouver une issue de secours quant aux autres, eh bien, ils retrouveront ainsi cette pauvreté qui fut leur image de marque.

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Classé dans La chronique du bocal à cornichons

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