Archives mensuelles : janvier 2015

Les bons comptes font les bons amis

CornichonSyriza

L’actualité a quelque chose de passionnant et de déprimant et celui qui la contemple se retrouve sans cesse tiraillé entre une envie de « couper » le flux et celle, irrésistible, de « creuser » pour comprendre. Il y a quelque chose de pathologique et de libérateur dans le besoin de comprendre.

J’avais commencé un billet sur diverses questions théologiques, devenu si long qu’il en est impubliable. Du coup, j’ai voulu écrire mon billet sur la Grèce pour éviter de parler de religion pour une fois. Mais il est trop tôt pour faire des pronostiques, même si je pense qu’il n’y a pas de quoi se réjouir de voir les extrêmes s’unir et des démocrates applaudir.

La victoire d’une alliance d’intérêts Mélanchon-Le Pen en France me ferait sérieusement craindre pour les fondements déjà bien fragiles sur lesquels reposent la démocratie, la liberté de penser et notre économie. Impossible ? Non. Peu probable ? Pour le moment oui. Mais heureusement pour les Grecs Syriza n’est pas le Front de Gauche et Mélanchon n’est pas Tsipras et la Grèce n’est pas la France.

Donc, dans un premier temps, Syriza va profiter du travail fait et des fruits de la rigueur. Une réforme ne profite jamais à celui qui la fait passer, le meilleur exemple reste pour moi le chancelier allemand Gerhard Schröder qui, avec Peter Hartz, a remis l’Allemagne sur les rails de l’emploi et de la croissance et a été sanctionné dans les urnes pour cela. Mais Angela Merkel et le CDU ne sont pas Syriza.

De fait, je ne vois pour le moment que trois cas de figure. Soit Syriza ne fait rien, et la caravane passe. Peut-être que les Grecs lyncheront Syriza pour avoir joué avec leurs espérances, qui sait. La pression sur le nouveau gouvernement est énorme et la confiance dans le politique est déjà sérieusement endommagée.

Soit les partenaires européens lui donnent une micro victoire à ramener à la maison pour garder la face. Comme un étalement de la dette ou un effacement partiel. Tout le monde est conscient que les Grecs ne pourront jamais tout rembourser. En 2012, la France avait fait le choix d’effacer la dette de la Côte d’Ivoire, mais le contribuable ne perdait « que » 3,76 milliards. Dans ce cas, Syriza poursuit les efforts entrepris par la Grèce et le pays finit par se relever. Surtout si Syriza met l’Église orthodoxe au régime, combat la corruption et fait en sorte « d’assainir » l’appareil politique grec largement responsable de la situation actuelle. Dans ce cas, l’Allemagne et la BCE suivront. Varoufakis pourrait en effet proposer des réformes dans ce sens. C’est un économiste atypique qui pourrait créer la surprise. La relance viendrait alors très probablement du tourisme… nord européen. C’est le scénario le plus probable à mes yeux pour l’instant.

Soit Syriza décide effectivement que de ne pas rembourser une dette est légal, moral et possible. Du coup, la Grèce quitte l’Europe et s’enfonce inexorablement dans la misère pour un bon demi-siècle, avec une minorité qui s’enrichit sur une majorité définitivement laminée et complètement désillusionnée. Les Français perdant au passage les 50 milliards qu’ils ont prêté à des taux amicaux que le particulier n’obtiendrait jamais de sa banque (0,6% et moins).Car le « non » à la rigueur budgétaire suppose que l’on a des sous propres à dépenser, ce qui n’est pas le cas, à moins de trouver normal de pouvoir dépenser celui des autres sans contrepartie. Si les grandes entreprises hésitent à vendre leurs produits à la Russie en raison du manque de solidité du rouble, je laisse imaginer les conséquences pour un pays n’ayant même pas des réserves exploitables de gaz ou de pétrole.

Sommes-nous encore assez riches avec notre croissance en berne, notre chômage en hausse et nos 2031 milliards d’euros de dette pour faire des cadeaux de cette ampleur ? Les Allemands, que les Grecs maudissent si vigoureusement pour les avoir soutenus financièrement, voudront-ils remettre la main à la poche en sachant qu’ils ne reverront jamais leur argent ? À chacun de faire le calcul, mais la solidarité ne devrait pas être une route à sens unique. Même en Europe et même avec des amis.

« Anything that can go wrong, will go wrong » disait Edward Murphy Jr…

Espérons qu’il ait tort pour une fois.

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« Pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23:34)

CornichonsVallsSarko

Que l’ « union sacrée » ne dure pas, quoi qu’en pensent certains journaux, est une preuve que notre démocratie est saine. Le pluralisme démocratique a besoin de s’exprimer. Si tous étaient d’accord sur les méthodes à employer et la marche à suivre, nous n’aurions de démocratique que le nom. En revanche, il faudrait rester unis dans l’intention, celle de défendre notre identité, nos libertés et les valeurs de la république. Qui a ouvert le bal du retour à la « normalité » politique ? Peu importe, tous n’attendaient que ça : découper le plus gros morceau possible de la carcasse encore tiède de Charlie Hebdo. Récupération est le mot d’ordre. Pour paraphraser Anaxagore : En politique, rien ne se crée, rien ne se perd et tout est bon pour se faire élire.

Le premier constat qu’on peut faire en ces temps troublés, c’est l’ancrage pathologique de nos dirigeants politiques dans le 20e siècle. Je l’avais déjà fait remarquer en questionnant les vœux de Hollande qui décrit la loi Macron comme la loi du siècle prochain. Quand on sait qu’aujourd’hui, le monde a du mal à se projeter plus loin qu’un trimestre, 2100 ne me semble pas être véritablement au centre des préoccupations politiques. Le lapsus intellectuel de Hollande, qui parlait du 21e siècle, est révélateur d’un manque complet d’adaptation aux enjeux actuels. Nous avons encore une guerre de retard, cela devient une mauvaise habitude. Marine Le Pen demande la réintroduction de la peine de mort… face à des terroristes qui commettent des attentats-suicides. Nicolas Dupont-Aignan veut rouvrir le bagne de Cayenne. D’autres proposent, comme Xavier Bertrand le retour du service militaire comme solution miracle, et de faire intervenir l’armée dans les banlieues, alias quartiers populaires alias zones sensibles.

Le FN se déchire entre une Marine Le Pen, qui cherche l’extrême gauche, et une Marion Maréchal-Le Pen, qui revient aux sources de l’extrême droite du grand-père. La gauche est prise dans ses propres contradictions et l’UMP prend ses distances faute de prendre du recul. L’extrême gauche s’empresse de dénoncer les grandes idées que mitraille un PS en manque d’unité pendant que Nicolas Sarkozy veut rassembler sans savoir qui, ni autour de quoi exactement. Valls veut introduire le PNR alors que ce sont les députés socialistes qui ont sabordé ce projet depuis des années. Le FN est contre le PNR aussi, mais parce que le FN n’aime pas l’Amérique et l’Europe et que le terme est américain et la proposition européenne et que donc, il faut être contre. Par principe.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression de contempler une fourmilière devenue folle. Ça court dans tous les sens sans savoir exactement dans quel but. C’est une armée de clones de l’inspecteur Gadget contre le terrorisme : gogo gadgetopolitique ! Mais ce sont des vieux gadgets, qui sentent la poussière et la rouille. Ce sont des mesures d’impuissance pour raison de sclérose idéologique généralisée. On pouvait rêver d’une fin du clivage droite-gauche, à la place on a une bataille minable pour l’idée la plus saugrenue.

C’est dans ce cadre que Manuel Valls a, à mes yeux, pour des raisons électorales et politiciennes, sous couvert de franc-parler, traîné son pays dans la boue et il semble que je sois de fait en désaccord avec 57 % de mes compatriotes sur ce point. En déclarant qu’il y a en France un « Apartheid », il commet en effet une faute sémantique, historique et politique. Peu importe les mots ? Non, M. Valls. Les mots ne sont jamais anodins surtout quand ils font référence à une réalité historique. L’  « Apartheid » est une discrimination raciale organisée par l’État, en l’occurrence l’Afrique du Sud, contre une partie de sa population. C’est la théorisation et mise en pratique dans les années 1948 à 1991 de la ségrégation en définissant le statut social et l’appartenance nationale sur des critères raciaux et ethniques. Rien de cela chez nous. Tout n’est pas rose en France, loin de là, mais ce genre de comparaison abusive me fait penser à la loi de Godwin.

M. Valls accuse donc ouvertement la France de ségrégation, ce qui, après la grande dignité et unité dont a fait preuve le peuple français après le 7 janvier, est d’une malhonnêteté intellectuelle sans nom.

On en revient aux éternels discours moralisateurs dans la tradition de la culture de l’excuse permanente. Finalement, les terroristes ne seraient terroristes que parce qu’ils sont malheureux, les pauvres. Comment M. Valls veut-il faire pour imposer la mixité sociale dont il rêve ? Veut-il revenir sur le droit opposable au logement ? Veut-il mettre en place des « quotas » sociaux ou ethniques ? Ce genre de fichage n’est-il pas interdit en France ? Ou veut-il carrément reloger de force une partie de la population ?

Rien de neuf en fait, ni dans le fond ni dans la forme. C’est le contre-pied du « Karcher » sarkoziste tout aussi inapproprié qu’électoraliste.

Il s’agit ni plus ni moins d’un appel du pied vers la gauche qui commençait à le trouver un peu trop à droite. Et il est acclamé parce qu’il utilise un mot dont beaucoup semblent ignorer le sens et qu’il se félicite lui-même de son franc-parler. C’est la naissance du Sarkozy de gauche.

Mais tout cela n’est qu’écran de fumée et illusion.

On ne songe pas, par exemple, à revoir nos positions diplomatiques avec le Qatar ou l’Arabie Saoudite qui financent allègrement les réseaux qui nous menacent, non, par contre on veut encore charger l’école de résoudre des problèmes insolubles. Chaque fois que quelque chose va mal, il faut ajouter un cours de quelque-chose, alors qu’il n’y a déjà plus le temps d’apprendre à lire et à écrire correctement tant les programmes sont chargés et décousus. On ne s’intéresse pas assez non plus aux réseaux de contrebande et de trafics divers qui fournissent armes et devises de la Somalie à nos « quartiers populaires » en passant par le Mali et la Libye. On dénonce l’islamisme et on fait des génuflexions devant les pays qui financent un prosélytisme agressif. Christine Lagarde ne fait-elle pas du feu roi Abdallah un « féministe discret » ? C’est vrai, il a autorisé les femmes à faire du vélo sous surveillance tant qu’elles ne s’en servent pas de moyen de transport. Il était un féministe tellement discret que Zemmour passerait pour un Femen à côté.

Si ce n’est pas de la schizophrénie.

Si on commençait par s’arrêter de courir pour réfléchir et comprendre ? Si nous nous forcions à utiliser les bons termes pour désigner les faits au lieu de réchauffer toujours la même soupe et faire de la surenchère un mode de vie ? La profonde ignorance en matière de religion des médias et des politiciens est-elle volontaire ? Pèche-t-on ici par omission idéologique ? Probablement aussi, mais ce n’est en aucun cas plus rassurant.

Pendant ce temps, l’horloge de l’apocalypse indique 23:57 … je me demande si les dinosaures s’interrogeaient aussi sur le droit de caricaturer le prophète avant de disparaître ?

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Ce prophète cache-t-il un dessein ?

CaricatureRespect

800 000 Tchétchènes et moi et moi et moi. À Grozny, on ne rigole pas avec les caricatures.

Certes, les manifestants n’étaient pas là de leur plein gré et le tout ressemble à une énième construction d’indignation orchestrée, mais qu’importe.

On brûle des drapeaux, on s’insurge, la foi c’est pas drôle et il ne faut pas en rire. Même le pape François est d’accord. La pauvreté, la faim, la guerre civile, la mafia, la corruption ne sont plus des sujets d’actualités qui intéressent les Tchétchènes, les Nigériens, les Iraniens et les Palestiniens. Non, un journal français ose dessiner le prophète, voilà l’origine du mal dans le monde. Où va-t-on si la violence ne fait plus son effet ? Aurait-on massacré des gens pour rien ? En sachant que le revenu brut moyen au Niger sélève à 31 $ par mois, un abonnement à Charlie Hebdo représente donc 3 mois de salaire. De là à supposer que tous les Nigériens sont abonnés à un journal qui ne leur plaît guère, il n’y a qu’un pas. Je ne sais même pas si on trouve au Niger un journal qui en France ne tire normalement qu’à 60 000 exemplaires. Ou à Grozny. On tue, on pille, on dénonce et pendant ce temps, nous, on s’excuse et on explique que si l’on ne veut pas choquer le casseur haineux au Niger, il faut arrêter de faire de l’humour en Europe. Pourtant c’est étrange, mais quand Angela Merkel est représentée en Adolf Hitler, les Allemands ne brûlent pas de voitures, d’ambassades ou de drapeaux.

En fait, le monde musulman ne s’est pas embrasé. Les chiffres sont éloquents et c’est rassurant sur la santé mentale du monde. La plupart des gens ont vraiment d’autres soucis qu’un pauvre dessin de Mahomet en larmes dans un journal à des milliers de kilomètres.

Mise à part la grande farce tchétchène, qui me fait penser à la Corée du Nord et son obligation de tristesse pour la mort de Kim Jong-Il, il s’agit de débordements « mineurs » dans des pays habitués à ce genre d’exercice. Quelques burqa colorées en Somalie, les femmes y sont très libres dans l’expression de leurs droits, et quelques barbus, adeptes de la colère permanente, en Jordanie.

Au Niger, les caricatures ont servi d’allumette-prétexte dans un pays sous pression cerné par le Nigeria, où Boko-Haram massacre à tour de bras, la Libye, en pleine déliquescence, et le Mali, qui lèche les plaies des incursions des « Moudjahidines » de 2013. La tension au Niger est générale et n’importe quoi peu servir de prétexte à un déchaînement de violence, que ce soit une caricature de prophète ou l’augmentation prévisionnelle du prix du Gruyère en Suisse.

En revanche, il est beaucoup plus malsain de voir, toujours les mêmes, réfléchir ici à limiter la liberté d’expression pour des manifestations de colère organisées dans des pays où cette liberté n’existe pas. Ce n’est pas, par exemple, parce qu’au Nigeria, l’homosexualité est passible de la peine de mort qu’il faut pour autant l’interdire en France en s’excusant, histoire de ne pas choquer.

Ce qui fait qu’il est objectivement si bon de vivre en Europe, ce sont justement ces libertés que nous avons acquises au fil des siècles. Alors cessons de les remettre en question et défendons-les vigoureusement sans « mais… » pour changer.

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Et pourtant elle tourne… ou pourquoi il ne faut pas entièrement dissocier l’islamisme de l’Islam

DieuAmour

Je lis depuis des jours des commentaires expliquant que les attentats n’ont rien à voir avec l’Islam et que les terroristes ne sont « pas des humains » mais des « assassins », que ce n’est pas l’Islam, que l’Islam, le vrai, n’est qu’amour, paix et ce genre de chose. Soyons clair, c’est du grand n’importe quoi, les assassins étaient bien des humains et indiscutablement des croyants convaincus, mais je vais faire un détour avant d’expliquer plus explicitement ce qui me pousse à dire cela.

Ma spécialité première, d’un point de vue scientifique, c’est l’histoire des idées et mon sujet de thèse visait tout particulièrement les affrontements entre ce qu’on considère comme les « Lumières radicales » et donc majoritairement athées, et les religions dominantes.

Les penseurs de l’époque risquaient leur vie pour passer des idées qui aujourd’hui font partie intégrante de notre système de pensée. Comme l’existence des atomes, niée et condamnée par l’Église puisque rendant la transsubstantiation impossible. Les écrits philosophiques et scientifiques circulaient sous le manteau et quand ils étaient découverts, ils étaient confisqués et brûlés à défaut de pouvoir brûler les auteurs et les imprimeurs. Les calvinistes brûlèrent vif ainsi en 1553 Michel Servet à Genève pour hérésie. Ce qui ne manque pas d’une certaine ironie macabre. Michel Servet est un médecin espagnol qui a découvert comment le sang circule dans les poumons et permet d’oxygéner le corps. Il n’était même pas athée, mais voilà, la trinité lui paraissait être une idée stupide et il a fait l’erreur de le dire. Il a fui l’Espagne et l’Inquisition pour se mettre sous la protection de Calvin en se disant que les calvinistes seraient plus ouverts d’esprit. Le pauvre ! C’était bien mal connaître la nature humaine. Calvin n’aimait pas plus les gens critiques que l’Inquisition et donc, hop, au nom du père, du fils et du Saint-Esprit, le pauvre médecin fut condamné à mort. Il l’avait bien cherché, diraient certains, pourquoi critiquer la trinité qui tient tant à cœur aux chrétiens. Attention aux sensibilités, surtout celles des gens violents.

Il faut attendre plus de 150 ans et un théologien de renom, Mosheim, pour que l’affaire soit remise au goût du jour et que les penseurs des Lumières s’offusquent réellement de ce crime contre l’intelligence, la science et la liberté de conscience.

On expliquera alors que c’est la faute à une mauvaise compréhension du message chrétien et qu’il ne faut pas pour autant venir critiquer la religion chrétienne.

Le mécanisme qui sous-tend cette réaction vieille comme les religions est assez simple. On met en avant les aspects positifs d’un message religieux pour cacher la part d’ombre. Plus la religion en question est politiquement forte, moins elle dissimule son intolérance naturelle. La relative tolérance chrétienne que nous vivons en Europe aujourd’hui est le fruit de siècles de batailles et de sacrifices. De centaines de penseurs sont morts sous la torture, exécutés ou en prison.

Durant ma thèse, il a été par moment très difficile de parler d’athéisme. On m’a expliqué que les vrais athées n’existent pas vraiment et que tout le monde croit forcément en quelque chose. Que l’athéisme est une invention moderne. Qu’il faut être prudent avec ce terme. On m’a expliqué qu’un bon philosophe ne peut pas être athée, et que s’il prétend l’être, ce n’est pas vrai, il fait semblant. On m’a expliqué que je devais faire attention à surtout ne choquer personne. Quand je me suis appuyé sur les travaux d’anthropologues comme Pascal Boyer pour parler de la représentation mentale de Dieu, la réponse fut qu’on n’a pas le droit de se représenter Dieu. Il fallait que je parle du Christ et non de Jésus de Nazareth ou de Saint Anselme et non d’Anselme de Cantorbéry. J’en passe et des meilleures. Et pourtant, je n’avais à aucun moment critiqué moi-même la religion. J’avais simplement repris les écrits de penseurs athées dans cette mouvance des Lumières radicales. Mais j’avais fait le choix de traiter la religion chrétienne d’un point de vue uniquement scientifique, comme je l’aurais fait pour les dieux grecs, romains ou germaniques. Et cela, déjà, est une provocation pour certains.

Revenons à cette négation de la responsabilité de l’Islam dans le terrorisme. Je parle bien de l’Islam en tant qu’ensemble doctrinaire et non des musulmans en tant qu’individus. Parce que c’est là tout l’enjeu pour ne pas tomber dans les amalgames stupides. L’Islam, c’est un ensemble de directives et de dogmes censés représenter la parole d’un dieu commun aux juifs, chrétiens et musulmans. En gros, les gens dits du livre. L’Islam et le Christianisme n’étant d’un point de vue historique, que des sectes juives ayant fait le choix d’ajouter au corpus premier un corpus supplémentaire lié plus ou moins à la parole d’un « prophète » autoproclamé. La raison de l’existence de ces prophètes trouve son origine dans le Judaïsme qui attend l’arrivée d’un dernier prophète. Les juifs attendent toujours, les chrétiens considèrent que Jésus était le bon et qu’il est d’ailleurs non seulement un prophète, mais le fils de Dieu et Dieu lui-même. Les musulmans reconnaissent Jésus comme prophète, mais non comme fils de Dieu, et considèrent de leur côté que Mahomet est le dernier prophète, celui que tout le monde attend. Les juifs et chrétiens voient Mahomet comme un imposteur. Bref, tout ce petit monde s’apprécie moyennement, bien que les chrétiens et les musulmans partagent leur aversion des juifs. Comme les juifs sont les seuls à ne pas faire de prosélytisme, ils sont toujours minoritaires et donc, les boucs émissaires de choix pour toutes les crises, de la peste à la crise économique. Même quand les juifs décident de fonder un état pour avoir la paix pour changer, on est d’accord pour dire que tous les problèmes de la région sont de leur faute avec un manque de nuance et une mauvaise foi extraordinaires. L’extrême droite et l’extrême gauche s’entendent d’ailleurs à merveille sur ce point. Ce qui ne veut pas dire pour autant que je défende Israël ou les juifs par principe et de manière générale. Ce serait aussi stupide d’un point de vue d‘honnêteté intellectuelle.

Aujourd’hui, quand on défend l’Islam, on cite les différents passages où il est question de paix et d’amour reprochant au passage aux intégristes d’être des ignorants. C’est trop facile. C’est même l’essence de la tentation de la facilité. On trouve dans les textes religieux toujours un passage pour défendre telle ou telle idée. Je ne connais d’ailleurs aucune religion qui se dirait n’être que violence et méchanceté. Dans les faits, c’est une autre histoire…

Un exemple bien chrétien pour illustrer ce que je veux dire par tentation de la facilité.

Vous voulez défendre la paix, alors citez Michée 4 : « De leurs glaives ils forgeront des hoyaux, Et de leurs lances des serpes; Une nation ne tirera plus l’épée contre une autre, Et l’on n’apprendra plus la guerre. »

CQFD : Preuve que le Christianisme n’aspire qu’à la paix ! Donc, pas de guerre au nom de Dieu pour les chrétiens !

Votre voisin vous contrarie et vous voulez la guerre ? Alors citez Joël 3:10 « De vos hoyaux forgez des épées, Et de vos serpes des lances! Que le faible dise: Je suis fort! »

CQFD : Preuve que le Christianisme n’aspire qu’à la guerre ! Donc, pas de quartiers au nom de Dieu pour les chrétiens !

Résultat des courses, les deux auront raison. Tout est une question de lecture. Nier ce côté ambivalent des religions revient à nier la réalité, d’où la tentation de la facilité. On croit ce que l’on veut croire parce que ce que l’on veut croire nous paraît toujours plus simple que ce qui est vraiment et qui ne peut donc être réduit à une seule et unique forme de compréhension. Le réel n’est jamais simple, jamais agréable, jamais idéal, il est.

Sans rentrer dans les détails, il faut ajouter que le fonctionnement de l’Islam est proche de celui d’un code administratif dans lequel un passage plus récent sur une même thématique remplace ou modifie celui qui lui est antérieur. Certains versets sont ainsi dits « mansûkh » quand ils sont remplacés ou corrigés par un verset dit « nâsikh ». Il existe de fait également deux périodes de l’Islam, celle de Médine et celle de la Mecque, très différentes dans leur rapport à la guerre et à la paix. Mais comme cette histoire de « mansûkh » est elle-même loin de faire l’unanimité, on en revient à notre problème d’interprétation.

De manière générale, il n’y a pas non plus de théologie dans le sens que lui donnent les chrétiens en s’appuyant sur Platon et Aristote et dans sa prolongation Augustin et Thomas d’Aquin. L’Islam impose par sa nature des limites beaucoup plus contraignantes, puisqu’il est dans tous les cas impossible de remettre le Coran en question et que ce dernier est souvent plus précis et laisse moins de marge de manœuvre que le Nouveau et l’Ancien Testament. D’où l’argument qu’il faut donc des « savants » pour interpréter l’ensemble des textes de la « bonne » manière. Vous me direz pour les chrétiens, ce fut à peu de choses près la même chose jusqu’à la réforme.

Mais c’est là que le bât blesse, puisque les défenseurs de l’État islamique ou d’Al Quaida ont à leur côté ce genre de « savants » qui connaissent parfaitement les textes en question et les outils d’interprétation. Contrairement à un grand nombre de politiciens qui se complaisent à répéter bêtement des citations apprises par cœur. Bon nombre d’entre eux ont également complètement perdu le sens de l’allégorie et du symbole et passent alors à côté de la véritable signification du signe comme celui notamment du voile.

On pourra répéter autant qu’on veut que l’Islam n’autorise pas ceci ou cela, en vain. Ainsi, certains « savants » considèrent que l’attentat suicide est permis, d’autres vous diront que non. Qui a raison ? Il n’y a pas d’autorité papale en Islam pour trancher et c’est donc à chaque croyant, chaque école de faire le choix entre l’une ou l’autre interprétation. On ne peut pas simplement dire, l’Islam est bon ou l’Islam est méchant. Dans la sourate 4 : 89 (quran.com), il est ainsi très clairement dit : « Ils aimeraient vous voir mécréants, comme ils ont mécru : alors vous seriez tous égaux ! Ne prenez donc pas d’alliés parmi eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent dans le sentier d’Allah. Mais s’ils tournent le dos, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur, » .

Vous pouvez dire ce que vous voudrez, c’est un appel au meurtre et nous autres athées serions parmi les premiers. On ne peut pas légitimement me demander de défendre quelque chose qui souhaite avec tant d’ardeur ma mort. Maintenant, quelle est la marge de manœuvre ? Eh bien, si on cite par exemple un autre passage, la sourate 5:32, il est dit : « C’est pourquoi Nous avons prescrit pour les Enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les hommes. En effet Nos messagers sont venus à eux avec les preuves. Et puis voilà, qu’en dépit de cela, beaucoup d’entre eux se mettent à commettre des excès sur la terre. »

La question que je pose est la suivante : le blasphémateur, l’humoriste et l’athée sont-ils coupables de corruption ? Si oui, alors ici aussi c’est une légitimation des meurtres de Theo Van Gogh et des dessinateurs de Charlie Hebdo pour ne nommer qu’eux. L’interdiction de tuer ne s’appliquant qu’à ceux qui ne sont pas coupables de « corruption ». Si ce n’est pas le cas, alors les terroristes ont agi contre les lois du Coran.

C’est donc un petit jeu qui peut se jouer pendant des heures en citant tel ou tel passage et selon l’interprétation des uns et des autres.  La vision occidentale de l’Islam n’a aucune importance ni légitimité pour l’État islamique ou pour Boko haram par exemple. Au final, tout le monde en retient ce qui lui plaît.

C’est pour cela qu’il ne faut pas condamner les musulmans, comme il ne faut pas condamner les chrétiens dès que des extrémistes commettent des actes atroces, ni ne demander à l’ensemble d’une communauté de demander pardon pour les crimes de quelques-uns. On ne peut pas être pointé du doigt pour un crime que l’on n’a pas commis, à moins qu’on le soutienne ou le légitime. La plupart des musulmans en France sont, au même titre que les chrétiens et les juifs, des musulmans de culture, c’est-à-dire qu’ils sont simplement nés dans une culture et un système religieux. Il n’y a donc ni choix ni responsabilité, mais un simple état de fait.

En revanche, il ne faut pas non plus pour autant absoudre le système idéologique entier qui motive et légitime in fine ces mêmes terroristes à tuer. Il y a plus de musulmans dans le monde persuadés que les actes contre Charlie étaient légitimes que certains aimeraient croire, ce qui se vérifie dans les réactions sur les réseaux sociaux et lors des manifestations contre les caricatures danoises en 2005. Rares étaient alors ceux qui étaient Charlie et beaucoup condamnaient la « provocation ». Camper sur une position aussi simpliste ne peut qu’aider à entretenir la montée des extrêmes.

Il s’agit maintenant au contraire de prendre le problème par les cornes. Il faut soumettre l’Islam au même traitement que le christianisme. Protéger une religion, c’est l’empêcher d’évoluer positivement. Empêcher le blasphème, la dérision et la liberté d’expression, c’est assouvir toutes les pulsions de laideur, d’ignorance et de méchanceté. Il faut faire en sorte que les convictions religieuses retournent dans cette sphère privée qu’elles n’auraient jamais dû être autorisées à quitter, pour que nous tous, athées et croyants, puissions vivre en paix. Nous ne pourrons surmonter le danger qui menace notre liberté qu’ensemble.

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Le ballet des lâches, des opportunistes et des aveugles volontaires

Nenousquittepas

Il est difficile de retrouver des mots après l’horreur de mercredi. On a décapité Charlie, on a tenté de tuer ce que nous sommes. On veut nous faire peur pour que nous nous reniions, pour que nous arrêtions de rire, de penser et de critiquer.

Moi qui le moque pourtant si souvent, j’ai trouvé le président courageux. J’ai trouvé une majorité écrasante de mes compatriotes admirable. Je trouve dans cette solidarité une réponse à la question si difficile de qu’est-ce que c’est qu’être Français. Aujourd’hui, c’est être Charlie, c’est dire non à la peur, non à ceux qui tuent pour faire taire la liberté d’expression, non à ceux qui veulent nous imposer le silence. Mais combien d’entre nous seront vraiment Charb  et préfèreront mourir debout plutôt que de vivre à genoux ?

Aussi admirables étaient l’Homme de la rue et la très grande majorité des journaux, ou des entreprises comme Google qui soutiennent financièrement et moralement Charlie, aussi lamentables sont ceux qui commencent déjà par s’autocensurer. Le New York Daily News,le Financial Times, le New York Times, la chaîne américaine CNN et le journal britannique The Telegraph, ouvrent la danse en floutant les unes de Charlie pour ne pas heurter les sensibilités.

Mais n’avez-vous donc rien compris ?

À moins de ne plus parler de rien, vous heurterez toujours quelqu’un. Après, il faut débattre, discuter, convaincre, c’est ça la pluralité de la démocratie, c’est ça la liberté d’expression : avoir le droit de ne pas être d’accord et pouvoir le dire. Ce genre de reculade est une victoire pour ceux qui opposent la violence à la parole. Ça n’est pas Charlie.

Et puis il y a les autres qui profitent de la mort tragique de ces hommes et femmes courageux, pour revenir sur fond de bruit de bottes réclamer la peine de mort et l’état policier. La peine de mort en mémoire de Cabu et Charb et les autres ? Pourquoi pas la ségrégation au nom de Martin Luther King tant que vous y êtes !

Tout comme ces commentaires qui demandent le droit pour les citoyens de détenir des armes. Elles serviraient à quoi au juste vos armes ? Elles auraient sauvé Charb ?

Les appels aux armes sont aussi stupides. Contre qui prendre les armes ? Une guerre civile ? Un remake de la grande Terreur avec ses massacres ? Allons-nous, de fait, porter la liberté en terre et donner ainsi l’ultime victoire aux terroristes ?

Oui, nous sommes en guerre, mais une guerre des idées, une guerre de la vision du monde, une guerre pour la liberté de penser, une guerre pour défendre un héritage construit contre l’intégrisme religieux et politique sur des siècles et au prix de nombreuses vies. Oui, il faut faire la guerre, mais les armes qu’il faut prendre au nom de Charlie, c’est l’humour et la dérision. C’est débattre, n’en déplaise à ceux que ça gêne, vraiment de tout.

Les terroristes veulent être pris au sérieux, alors moquons-nous d’eux. Rions à leurs vilaines faces haineuses. Soyons Charlie avec verve et esprit. Soyons Charlie par le courage et la détermination.

Appliquons les lois, défendons et renforçons la laïcité, soutenons la République et cessons de faire les effarouchés à chaque fois qu’un intégriste se sent vexé parce qu’on a fait un dessin qui lui déplait, blasphémons, dessinons et surtout souvenons-nous.

Ne nous laissons pas rabaisser au rang de ceux qui nous ont déclaré cette guerre imbécile.

Ce qu’il faut maintenant, c’est ouvrir véritablement le débat sans faux-semblant et sans retenue, caricaturer, rire, se moquer et s’unir derrière cette liberté si fragile. Cessons de laisser les questions culturelles et religieuses aux extrémistes politiques et religieux.

Battons-nous contre le racisme, le vrai, mais arrêtons de faire l’amalgame entre racisme et critique de la religion. Le racisme antimusulman est une absurdité. On peut être raciste contre les Arabes, les Américains, les Allemands, les Français, les noirs, les jaunes, les Belges etc. mais pas contre les catholiques, les protestants, les orthodoxes et les musulmans pour ne citer qu’eux. On peut en revanche être anticlérical ou antireligieux sans être « quelque chose »-phobe et surtout sans être raciste.

Pour ma part, je n’ai pas de phobie de la religion, je suis tout simplement athée.

En quoi l’islam aurait-il droit à une position à part ? Certes, c’est l’islam radical qui est un problème, plus que l’islam en soi, mais à force de vouloir faire l’amalgame entre islam et race pour mettre fin aux débats, on a fini par créer le terreau pour que se développe la haine qui submerge l’Europe et on réaffirme sans cesse la dimension étrangère des musulmans. On a créé ce qui n’a pas lieu d’être. Les défenseurs fournissent ainsi directement depuis des années les armes de la mise à l’écart intellectuelle et de la montée des communautarismes. Être français n’est pas une question de croyance.

Comment pouvons-nous définir ce qui relève ou non de l’islam radical, si on ne peut pas aborder le sujet sans déclencher une avalanche de passions ? Pourquoi ne fait-on pas plutôt la différence entre être  « de culture musulmane, chrétienne ou juive » (et potentiellement athée), pratiquant et intégriste ? Un catholique radical haineux ne m’est pas plus sympathique qu’un musulman radical haineux. On trouve de la haine dans toutes les religions, il suffit de lire attentivement les écrits des uns et des autres. De simplement prétendre que l’islamisme n’a rien n’en commun avec l’islam ne suffit plus et ne sert à personne et le répéter en boucle comme un chapelet ne le rend pas plus crédible. Les terroristes ne citent-ils pas le Coran ? C’est donc un autre islam qu’il faut véritablement construire et affirmer, celui de la compassion et de l’amour. C’est pour ça qu’il faut réformer les religions comme on réforme le reste, pour qu’il ne subsiste à la fin que ce qui est vraiment bon pour l’Humanité. Il a fallu plusieurs siècles pour passer du christianisme assassinant des penseurs comme Giordano Bruno au nom de la foi et de l’amour du Christ, au pape François. Ça ne s’est pas fait non plus en douceur, en respectant les sensibilités et en interne n’en déplaise à Rachida Dati. Pour réussir cela, il faut avoir le droit de contester, de critiquer et de débattre. Et je ne parle pas de moratoire sur la lapidation, je parle de vrai débat de fond.

Geluck parle de fascisme religieux. Je suis d’accord avec ça et le fascisme en France, quelle que soit son origine, doit être combattu par tous les démocrates français, qu’ils soient chrétiens, musulmans, juifs, bouddhistes ou athées. Dalil Boubakeur dit à raison :  «Nous voulons redire que la République laïque et ses valeurs, notamment la liberté de conscience, la démocratie et la liberté de la presse, demeurent aux fondements de notre vivre ensemble.».

Nous ne pouvons vraiment et durablement vivre ensemble que dans la liberté de pensée et de conscience.

Bloquer le débat, c’est produire l’effet d’une cocotte minute. Un jour, la pression deviendra incontrôlable et ce sera l’explosion dans toute sa laideur et sa violence aveugle. Il faut laisser s’évacuer la pression, la colère qui gronde, ou nous risquons de nous déchirer au plus grand plaisir de ceux qui veulent notre perte. Comme le font remarquer justement les journaux allemands comme le Frankfurter Allgemeine Zeitung, le Zeit ou encore le Stern, on ne peut pas éternellement repousser le débat par les mêmes formules usées désormais jusqu’à la corde. Des mouvements comme PEGIDA en Allemagne, en Autriche, en Suisse, au Danemark et en Suède montrent que cette forme de réponse simpliste est surannée et dangereuse pour la cohésion de la société. Les fondamentalistes ne peuvent pas nous tuer tous, mais ils peuvent nous faire peur, nous diviser ou nous faire renoncer à nos libertés. Ne laissons pas le silence s’installer. Charlie, c’était ça aussi.

Le grand rassemblement se fissure malheureusement déjà, parce que nos dirigeants politiques n’ont pas encore pris conscience de l’importance qu’avait cette union. Alors que le président aurait dû s’adresser en personne à tous les Français pour les convier à cette grande marche qui doit avoir lieu dimanche, ce sont les partis politiques et les associations qui l’ont fait. Pourquoi ? Mystère. Se pose alors de fait la question épineuse du FN, non plus en tant que somme de ses électeurs, mais comme formation politique et voilà que l’on fabrique une polémique qui n’aurait pas lieu d’être, avec exclusion d’une grande partie des Français à la clef. On fait mieux dans le genre rassemblement et unité nationale. Le FN est à l’opposé de mes convictions, mais je pense qu’il s’agit de la pire décision politique depuis longtemps. Ceux qui se cachent derrière l’argument que le FN divise la France empêcheront-ils aussi courageusement la venue de l’UOIF qui voyait dans le mariage homosexuel un « risque de zoophilie ». Est-ce beaucoup plus républicain comme position ?

On pouvait unir la France, on a définitivement prononcé le divorce et on retombe dans les guerres de partis, alimentant comme le pompier pyromane l’incendie de demain. C’est indécent. Monsieur le président, vous devriez faire taire vos ministres et écouter la douleur des citoyens, c’est à vous de rassembler et à vous seul. On ne peut pas appeler à l’union et commencer par exclure. La République, c’est tous les Français quelles que soient leurs convictions religieuses ou politiques.

Si on n’arrive même pas pendant 24 heures à se dresser face à cette barbarie, c’est que nous sommes vraiment des co…rnichons.

Ne jouons pas le jeu des extrémistes de tous bords, soyons vraiment Charlie.

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En deuil

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Pendant que je chantais ma chère liberté

D’autres l’ont enchaînée, il est trop tard

(G. Moustaki)

Charb,Cabu, Tignous, Wolinski, Maris…

Tous ces noms qui m’ont beaucoup fait rire et réfléchir toute ma vie. Cabu, ce sont de vieux albums que j’ai dévorés, lus et relus mille fois. Charb, ses affreux petits personnages jaunes criants de vérité, miroir hideux de notre société…

Comment… Pourquoi…

Tués par deux abominables salopards. C’est cette même sensation qui revient quand j’ai vu tomber les tours jumelles le 11 septembre. Un mélange de profonde tristesse, de rage et de colère. Chaque fois que l’on sacrifie une once de notre liberté d’expression,  le sacrifice suivant est plus lourd. Charlie Hebdo est de ces rares journaux qui sont restés debout, contre vents et marées. Combien ont voulu les faire taire, parce qu’ils disaient ce qu’ils pensaient et ne respectaient ni dieux, ni maitres ou parce qu’il ne fallait pas « alimenter » les haines et les rancœurs ? C’est mal connaître le monde, Charlie est un garde-fou. Les haines et les rancœurs n’ont pas besoin de Charlie, elles le craignent. Charlie a ses dessins, son humour acide, de l’intelligence et de l’esprit, les autres en face ont des armes, la haine, l’intolérance et la foi. Charlie fait réfléchir, les autres tuent. Charlie défend la parole, les autres le silence…

J’espère du fond du cœur que toutes les forces démocratiques d’Europe trouveront rapidement une véritable réponse en mémoire de ceux qui ont payé le plus fort des prix pour leurs convictions et notre liberté à tous.

Il ne faut pas céder, il ne faut pas se taire, il faut défendre ce que nous sommes  :

Les héritiers des Lumières et de la liberté d’expression.

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Polluer plus pour périr plus

Cornichon-Ségolène

Il existe des documents qu’on aime lire et des documents qu’il faut lire. Les textes de l’institut de veille sanitaire sont de cette deuxième catégorie. Le dernier article sur la pollution aux particules fines est édifiant. Tout d’abord, on y voit l’évolution des méthodes pour définir la pollution, ce qui en soi est déjà de grand intérêt, puisqu’il y a sans aucun doute ici, en dehors d’une grande évolution par rapport aux années 1990, un sérieux indiscutable autant dans la démarche que dans la volonté d’exactitude scientifique.

Pourquoi le souligner ? Tout simplement parce qu’en matière d’écologie comme en matière de santé, les enjeux économiques sont souvent tellement importants qu’on trouve malheureusement des rapports permettant de remettre en doute à peu près n’importe quoi, jusqu’au réchauffement planétaire. Et il y aura toujours un conspirationniste pour trouver dans ce genre de rapport la confirmation d’une quelconque conjuration franc-maçonisto-judéo-marxisto-capitalisto-libéralisto-américano-arabo- «ce que vous voulez » qui nous cache la vérité, qu’en fait le complot du réchauffement sert la cause d’un groupe international de je ne sais quoi. C’est la mode en ces temps troublés. On aime les théories du complot.

Là, en revanche, on est dans le concret et cet article vient effectivement valider ce que de nombreuses associations écologistes dénoncent depuis des années : le danger de certains modes de combustion et de carburation. Un des premiers facteurs de cette pollution étant clairement la circulation automobile au diesel. La raison de l’exception française (encore!) en matière de Diesel remonte aux années 1950. La France sort de la guerre et a besoin d’un choc économique. À l’époque, les grosses machines, et elles seules, tournent au diesel. Camions, tracteurs et autres engins de chantier sont capables de s’alimenter avec ce liquide visqueux. Alors, pour soutenir l’économie, on accorde un avantage fiscal conséquent à ce carburant. L’idée en soi semble logique et dans les années 50, le mot pollution ne fait pas encore partie des grandes préoccupations. Mais voilà, dans les années 70 et puis véritablement dans les années 80, le diesel fait une percée dans le monde de l’automobile, Peugeot en tête. L’intention étant de détourner l’allègement fiscal et d’appâter le particulier par une consommation réduite et un prix à la pompe avantageux. En plus, pour soutenir nos constructeurs nationaux, il y a au fur et à mesure de nouvelles incitations à l’acquisition comme des réductions de TVA pour l’achat de flottes de véhicules au diesel. Le Bonus-Malus et l’indexation de la taxe sur les véhicules de société sur les émissions de CO2 encouragent encore et toujours plus les Français à se tourner vers ce carburant décidément soutenu par la politique et l’économie. Effet de levier oblige, le marché de l’occasion croule sous les offres de berlines au diesel et va donc vite devenir le carburant des classes modestes. Même les voiturettes s’y mettent, c’est pour dire.

Arrive alors ce qui doit toujours arriver quand on repousse un problème en faisant comme si de rien n’était. Le diesel pèse désormais très lourd sur la balance commerciale et ce qui était pensé pour donner un coup de fouet à l’économie en 1950 devient un coup du père François en 2015. La France vient d’ailleurs de perdre officiellement sa position de cinquième puissance économique.

Rééquilibrer la taxation des carburants serait une première solution, mais voilà, cela mettrait définitivement à genoux une grande part de la population qui n’a pas les moyens d’investir dans des voitures neuves et qui peine déjà à faire le plein. De plus, cela détruirait dans un même temps le marché de l’occasion. Alors, loin de moi l’idée de vouloir défendre l’essence. C’est mieux que le diesel, mais c’est vraiment juste un petit peu mieux. C’est un peu comme l’hybride, c’est bien, mais ce n’est qu’une transition. Et la véritable question, c’est une transition vers quoi exactement ? Mais ce n’est pas l’angle de ce billet.

Je disais que l’une des premières causes de cette pollution aux particules est le diesel, accompagné des feux de cheminée en Île-de-France, du secteur résidentiel et tertiaire en général ou de l’industrie. On supposait fortement, depuis des années déjà, l’implication de cette forme de pollution atmosphérique dans l’augmentation des taux de mortalité non-accidentelle. Aujourd’hui, on le sait indiscutablement et donc, on ne peut plus faire semblant. L’ironie, c’est de voir ce rapport-là, aujourd’hui, maintenant, en pleine alerte à la pollution, après la non-action caractérisée du gouvernement. Le tango environnemental dont nous sommes les spectateurs depuis des mois, trouve ici un apogée dramatico-comique digne d’une farce.

Les camions qui traversent joyeusement la France des quatre coins du continent ne seront pas inquiétés, les Français payent pour eux. De leurs poches et de leurs poumons. Pourquoi polluer moins puisqu’il est plus rentable de ne pas faire d’efforts ?

C’est à un recul généralisé sur l’écologie et la santé publique que l’on assiste, pour ne pas dire une déroute organisée dont certains osent même se flatter, faisant passer 800 millions euros perdus sans aucune contrepartie pour une extraordinaire économie. Ou d’affirmer que l’on a rétabli la liberté en annulant une directive non seulement bien fondée, mais nécessaire du Plan de protection de l’atmosphère d’Ile-de-France. Fera-t-on également passer l’institut de veille sanitaire pour des sectaires radicaux ?

Oui, le bois peut être une énergie d’avenir intéressante, mais dans des conditions très précises. Quand une énergie représente 87% des émissions de particules du secteur résidentiel en ne couvrant que 4% des besoins en chauffage, il y a un déséquilibre manifeste. Le maintien de l’utilisation des foyers ouverts est contre-productif d’un point de vue de santé publique.

En se reniant à droite et à gauche, la politique environnementale actuelle devient une valeur d’ajustement à très court terme pour l’économie et un grappillage démagogique maladroit de sympathie pour cacher le malaise général qui sépare aujourd’hui plus que jamais les Français de leurs dirigeants. À très court terme parce qu’il faudrait chiffrer le coût exact des maladies liées et aggravées par cette position lamentable. Les 1400 morts par an n’ont pas le poids des lobbys et ne votent plus, qu’importe donc. Quand on découvre en même temps dans la future loi Macron la libéralisation du transport en car au lieu d’une réduction massive des coûts ferroviaires et du développement du rail de proximité, on peut légitimement se demander s’il n’y a pas, pour reprendre Shakespeare, quelque chose de pourri dans la République française. Je ne condamne absolument pas ici la loi Macron dans son ensemble, mais là, pour le coup, vraiment, c’en est presque navrant.

Le principe pervers qui sous-tend cette mascarade de la terminologie de l’écologie « punitive », c’est qu’on se sert uniquement de l’écologie pour faire rentrer de l’argent, alors qu’il aurait fallu en contrepartie alléger et subventionner l’innovation et la recherche d’alternatives. On a simplement ajouté une taxe et une autre et une autre en s’étonnant à chaque fois de voir les ménages consommer moins. Il est inutile de demander aux gens d’investir dans des chauffages faiblement polluants de dernière génération coûteux s’ils n’en ont pas les moyens. Vous pouvez sanctionner autant que vous voudrez, quand la bourse est vide, elle est vide. La majorité des gens ne pollue pas par plaisir de polluer.

Abandonner véritablement l’écologie « punitive », c’est faire de l’écologie préventive. Il faut arrêter de redistribuer à tort et à travers les sommes qu’elle engrange pour le faire de manière ciblée et réfléchie. Une bonne taxe écologique, c’est une taxe qui finit par ne rapporter plus rien parce qu’elle a financé sa propre obsolescence.

Dans le cas actuel, au lieu d’aider véritablement ceux qui n’ont pas les moyens de faire autrement avec l’argent issu d’une taxe « punitive » qui ne concernait que les entreprises de transport, on utilise cyniquement les modestes comme un bouclier pare-feu, faisant passer une politique lâche pour un simulacre de justice sociale, une larme de crocodile à l’œil. En définitive, ce sont tous les Français, y compris donc les plus modestes qui payent pour que les transporteurs routiers puissent continuer à polluer. Pour comparaison, 800 millions, cela représente 55 000 ans de SMIC ou 300 000 chaudières au bois avec filtre à particules. Pendant que les Pays-Bas investissent dans des pistes cyclables solaires qui produisent de l’énergie, nous, on formule des objectifs théoriques et on organise des sommets.

Quand François Hollande dit que la loi Macron n’est pas la loi du siècle, mais du siècle prochain, j’y vois deux explications. Soit il est encore au 20e  siècle et il ferait bien de rattraper les 15 dernières années qui lui manquent, et je comprends sa découverte des « nouvelles technologies » lors des vœux, soit il parle effectivement du 22e siècle et je serais tenté de lui donner raison tant nos descendants risquent de nous maudire pour avoir démoli avec enthousiasme ce que nous aurions peut-être encore pu sauver. Dans les deux cas, cette phrase reste une perle de compétition digne des pires cancres.

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C’est un grand jour pour le Cornichenbourg !

Enfin ! Le Cornichenbourg possède désormais sa propre chaine d’actualité.
Je vous invite à découvrir le pilote de ce qui, je l’espère, deviendra une série régulière.
Elle est destinée à épauler le blog écrit et les articles d’actualité. C’est beaucoup moins sérieux, mais j’ai toujours voulu donner la parole à mes caricatures. C’est chose faite.

Les propos des cornichons n’engagent qu’eux et l’auteur du blog ne peut en être tenu pour responsable.

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