« Pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23:34)

CornichonsVallsSarko

Que l’ « union sacrée » ne dure pas, quoi qu’en pensent certains journaux, est une preuve que notre démocratie est saine. Le pluralisme démocratique a besoin de s’exprimer. Si tous étaient d’accord sur les méthodes à employer et la marche à suivre, nous n’aurions de démocratique que le nom. En revanche, il faudrait rester unis dans l’intention, celle de défendre notre identité, nos libertés et les valeurs de la république. Qui a ouvert le bal du retour à la « normalité » politique ? Peu importe, tous n’attendaient que ça : découper le plus gros morceau possible de la carcasse encore tiède de Charlie Hebdo. Récupération est le mot d’ordre. Pour paraphraser Anaxagore : En politique, rien ne se crée, rien ne se perd et tout est bon pour se faire élire.

Le premier constat qu’on peut faire en ces temps troublés, c’est l’ancrage pathologique de nos dirigeants politiques dans le 20e siècle. Je l’avais déjà fait remarquer en questionnant les vœux de Hollande qui décrit la loi Macron comme la loi du siècle prochain. Quand on sait qu’aujourd’hui, le monde a du mal à se projeter plus loin qu’un trimestre, 2100 ne me semble pas être véritablement au centre des préoccupations politiques. Le lapsus intellectuel de Hollande, qui parlait du 21e siècle, est révélateur d’un manque complet d’adaptation aux enjeux actuels. Nous avons encore une guerre de retard, cela devient une mauvaise habitude. Marine Le Pen demande la réintroduction de la peine de mort… face à des terroristes qui commettent des attentats-suicides. Nicolas Dupont-Aignan veut rouvrir le bagne de Cayenne. D’autres proposent, comme Xavier Bertrand le retour du service militaire comme solution miracle, et de faire intervenir l’armée dans les banlieues, alias quartiers populaires alias zones sensibles.

Le FN se déchire entre une Marine Le Pen, qui cherche l’extrême gauche, et une Marion Maréchal-Le Pen, qui revient aux sources de l’extrême droite du grand-père. La gauche est prise dans ses propres contradictions et l’UMP prend ses distances faute de prendre du recul. L’extrême gauche s’empresse de dénoncer les grandes idées que mitraille un PS en manque d’unité pendant que Nicolas Sarkozy veut rassembler sans savoir qui, ni autour de quoi exactement. Valls veut introduire le PNR alors que ce sont les députés socialistes qui ont sabordé ce projet depuis des années. Le FN est contre le PNR aussi, mais parce que le FN n’aime pas l’Amérique et l’Europe et que le terme est américain et la proposition européenne et que donc, il faut être contre. Par principe.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression de contempler une fourmilière devenue folle. Ça court dans tous les sens sans savoir exactement dans quel but. C’est une armée de clones de l’inspecteur Gadget contre le terrorisme : gogo gadgetopolitique ! Mais ce sont des vieux gadgets, qui sentent la poussière et la rouille. Ce sont des mesures d’impuissance pour raison de sclérose idéologique généralisée. On pouvait rêver d’une fin du clivage droite-gauche, à la place on a une bataille minable pour l’idée la plus saugrenue.

C’est dans ce cadre que Manuel Valls a, à mes yeux, pour des raisons électorales et politiciennes, sous couvert de franc-parler, traîné son pays dans la boue et il semble que je sois de fait en désaccord avec 57 % de mes compatriotes sur ce point. En déclarant qu’il y a en France un « Apartheid », il commet en effet une faute sémantique, historique et politique. Peu importe les mots ? Non, M. Valls. Les mots ne sont jamais anodins surtout quand ils font référence à une réalité historique. L’  « Apartheid » est une discrimination raciale organisée par l’État, en l’occurrence l’Afrique du Sud, contre une partie de sa population. C’est la théorisation et mise en pratique dans les années 1948 à 1991 de la ségrégation en définissant le statut social et l’appartenance nationale sur des critères raciaux et ethniques. Rien de cela chez nous. Tout n’est pas rose en France, loin de là, mais ce genre de comparaison abusive me fait penser à la loi de Godwin.

M. Valls accuse donc ouvertement la France de ségrégation, ce qui, après la grande dignité et unité dont a fait preuve le peuple français après le 7 janvier, est d’une malhonnêteté intellectuelle sans nom.

On en revient aux éternels discours moralisateurs dans la tradition de la culture de l’excuse permanente. Finalement, les terroristes ne seraient terroristes que parce qu’ils sont malheureux, les pauvres. Comment M. Valls veut-il faire pour imposer la mixité sociale dont il rêve ? Veut-il revenir sur le droit opposable au logement ? Veut-il mettre en place des « quotas » sociaux ou ethniques ? Ce genre de fichage n’est-il pas interdit en France ? Ou veut-il carrément reloger de force une partie de la population ?

Rien de neuf en fait, ni dans le fond ni dans la forme. C’est le contre-pied du « Karcher » sarkoziste tout aussi inapproprié qu’électoraliste.

Il s’agit ni plus ni moins d’un appel du pied vers la gauche qui commençait à le trouver un peu trop à droite. Et il est acclamé parce qu’il utilise un mot dont beaucoup semblent ignorer le sens et qu’il se félicite lui-même de son franc-parler. C’est la naissance du Sarkozy de gauche.

Mais tout cela n’est qu’écran de fumée et illusion.

On ne songe pas, par exemple, à revoir nos positions diplomatiques avec le Qatar ou l’Arabie Saoudite qui financent allègrement les réseaux qui nous menacent, non, par contre on veut encore charger l’école de résoudre des problèmes insolubles. Chaque fois que quelque chose va mal, il faut ajouter un cours de quelque-chose, alors qu’il n’y a déjà plus le temps d’apprendre à lire et à écrire correctement tant les programmes sont chargés et décousus. On ne s’intéresse pas assez non plus aux réseaux de contrebande et de trafics divers qui fournissent armes et devises de la Somalie à nos « quartiers populaires » en passant par le Mali et la Libye. On dénonce l’islamisme et on fait des génuflexions devant les pays qui financent un prosélytisme agressif. Christine Lagarde ne fait-elle pas du feu roi Abdallah un « féministe discret » ? C’est vrai, il a autorisé les femmes à faire du vélo sous surveillance tant qu’elles ne s’en servent pas de moyen de transport. Il était un féministe tellement discret que Zemmour passerait pour un Femen à côté.

Si ce n’est pas de la schizophrénie.

Si on commençait par s’arrêter de courir pour réfléchir et comprendre ? Si nous nous forcions à utiliser les bons termes pour désigner les faits au lieu de réchauffer toujours la même soupe et faire de la surenchère un mode de vie ? La profonde ignorance en matière de religion des médias et des politiciens est-elle volontaire ? Pèche-t-on ici par omission idéologique ? Probablement aussi, mais ce n’est en aucun cas plus rassurant.

Pendant ce temps, l’horloge de l’apocalypse indique 23:57 … je me demande si les dinosaures s’interrogeaient aussi sur le droit de caricaturer le prophète avant de disparaître ?

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Classé dans La chronique du bocal à cornichons

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