Les bons comptes font les bons amis

CornichonSyriza

L’actualité a quelque chose de passionnant et de déprimant et celui qui la contemple se retrouve sans cesse tiraillé entre une envie de « couper » le flux et celle, irrésistible, de « creuser » pour comprendre. Il y a quelque chose de pathologique et de libérateur dans le besoin de comprendre.

J’avais commencé un billet sur diverses questions théologiques, devenu si long qu’il en est impubliable. Du coup, j’ai voulu écrire mon billet sur la Grèce pour éviter de parler de religion pour une fois. Mais il est trop tôt pour faire des pronostiques, même si je pense qu’il n’y a pas de quoi se réjouir de voir les extrêmes s’unir et des démocrates applaudir.

La victoire d’une alliance d’intérêts Mélanchon-Le Pen en France me ferait sérieusement craindre pour les fondements déjà bien fragiles sur lesquels reposent la démocratie, la liberté de penser et notre économie. Impossible ? Non. Peu probable ? Pour le moment oui. Mais heureusement pour les Grecs Syriza n’est pas le Front de Gauche et Mélanchon n’est pas Tsipras et la Grèce n’est pas la France.

Donc, dans un premier temps, Syriza va profiter du travail fait et des fruits de la rigueur. Une réforme ne profite jamais à celui qui la fait passer, le meilleur exemple reste pour moi le chancelier allemand Gerhard Schröder qui, avec Peter Hartz, a remis l’Allemagne sur les rails de l’emploi et de la croissance et a été sanctionné dans les urnes pour cela. Mais Angela Merkel et le CDU ne sont pas Syriza.

De fait, je ne vois pour le moment que trois cas de figure. Soit Syriza ne fait rien, et la caravane passe. Peut-être que les Grecs lyncheront Syriza pour avoir joué avec leurs espérances, qui sait. La pression sur le nouveau gouvernement est énorme et la confiance dans le politique est déjà sérieusement endommagée.

Soit les partenaires européens lui donnent une micro victoire à ramener à la maison pour garder la face. Comme un étalement de la dette ou un effacement partiel. Tout le monde est conscient que les Grecs ne pourront jamais tout rembourser. En 2012, la France avait fait le choix d’effacer la dette de la Côte d’Ivoire, mais le contribuable ne perdait « que » 3,76 milliards. Dans ce cas, Syriza poursuit les efforts entrepris par la Grèce et le pays finit par se relever. Surtout si Syriza met l’Église orthodoxe au régime, combat la corruption et fait en sorte « d’assainir » l’appareil politique grec largement responsable de la situation actuelle. Dans ce cas, l’Allemagne et la BCE suivront. Varoufakis pourrait en effet proposer des réformes dans ce sens. C’est un économiste atypique qui pourrait créer la surprise. La relance viendrait alors très probablement du tourisme… nord européen. C’est le scénario le plus probable à mes yeux pour l’instant.

Soit Syriza décide effectivement que de ne pas rembourser une dette est légal, moral et possible. Du coup, la Grèce quitte l’Europe et s’enfonce inexorablement dans la misère pour un bon demi-siècle, avec une minorité qui s’enrichit sur une majorité définitivement laminée et complètement désillusionnée. Les Français perdant au passage les 50 milliards qu’ils ont prêté à des taux amicaux que le particulier n’obtiendrait jamais de sa banque (0,6% et moins).Car le « non » à la rigueur budgétaire suppose que l’on a des sous propres à dépenser, ce qui n’est pas le cas, à moins de trouver normal de pouvoir dépenser celui des autres sans contrepartie. Si les grandes entreprises hésitent à vendre leurs produits à la Russie en raison du manque de solidité du rouble, je laisse imaginer les conséquences pour un pays n’ayant même pas des réserves exploitables de gaz ou de pétrole.

Sommes-nous encore assez riches avec notre croissance en berne, notre chômage en hausse et nos 2031 milliards d’euros de dette pour faire des cadeaux de cette ampleur ? Les Allemands, que les Grecs maudissent si vigoureusement pour les avoir soutenus financièrement, voudront-ils remettre la main à la poche en sachant qu’ils ne reverront jamais leur argent ? À chacun de faire le calcul, mais la solidarité ne devrait pas être une route à sens unique. Même en Europe et même avec des amis.

« Anything that can go wrong, will go wrong » disait Edward Murphy Jr…

Espérons qu’il ait tort pour une fois.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans La chronique du bocal à cornichons

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s