Trois billets contre la simplicité

Cornichonspenséeuniqueblog

J’avais promis un peu de théologie pour répondre à l’invective : l’Islam, ce n’est pas ça. Si, si mesdames et messieurs, l’Islam, ça peut être ça aussi, mais ce n’est pas nécessairement ça. Je l’avais dit dans un billet précédent, tout est une question d’interprétation. Beaucoup d’imams en France font réellement un travail de fond.

Mais dans notre monde ouvert, ils sont en concurrence directe avec des imams de Daesh, du Qatar ou d’Arabie Saoudite. Le premier est notre ennemi, les deux autres sont des alliés qui nous veulent du mal et financent nos ennemis.

Billet 1 : Ton musulman, cet inconnu.

Billet 2 : Exemple : Mode d’emploi pour une interprétation théologique malveillante dans le but de fabriquer un terroriste

Billet 3 : Religion de paix ou de guerre ?

Ton musulman, cet inconnu.

À droite comme à gauche, tout le monde a le monopole des musulmans. On a l’impression quand on lit les journaux et regarde les débats que le monde se partage en deux : les musulmans et les islamistes.

Le musulman, c’est le bon et sa religion, c’est l’Islam, le vrai ; l’islamiste, c’est le mauvais et sa vision de la religion, c’est n’importe quoi. Dans la catégorie des raccourcis, c’est du poids lourd. Compliquons un peu voulez-vous.

Le croyant musulman règle sa vie en se référant au Livre et à la Sunna, la loi immuable de Dieu. C’est ce qu’on pourrait appeler la tradition prophétique en ce sens où les faits et gestes du prophète doivent servir d’exemples à son propre comportement. Certains théologiens chrétiens font de même quand ils appellent à imiter Jésus, sauf que la Sunna ou « Sunna prophétique » contient la biographie de Mahomet, les sources de hadiths, les interprétations et explications de certains hadiths difficiles à comprendre et bien d’autres choses encore. C’est donc un corpus extrêmement vaste et passablement obscur. Les hadiths sont classés par ordre de fiabilité et de référence. Le top, ce sont les hadiths dits sacrés. C’est la parole divine rapportée par Mahomet. Les pires, ce sont les « Mawdu » qui sont simplement considérés comme faux. Tous ces textes ont été mis dans des recueils environ 150 ans après la mort de Mahomet pour les premiers d’entre eux.

Les ouvrages de hadiths sont d’une grande importance pour le droit islamique. On y retrouve également les prières et les jeûnes qui peuvent s’ajouter aux cinq piliers que sont la chahada (la profession de foi), les prières quotidiennes, l’impôt, le jeûne du ramadan et le pèlerinage à la Mecque.

Il convient d’ajouter que ces cinq piliers s’appliquent pour les Sunnites. Les Chiites duodécimains découpent ces piliers différemment et ajoutent notamment le petit et le grand Jihad.

Les Chiites ismaéliens ont sept piliers et non cinq, dont le Jihad. Le Jihad n’est pas nécessairement une guerre sainte par les armes comme on le lit souvent. Il s’agit autant d’une « guerre intérieure » psychologique que d’une « guerre extérieure » par les armes. Le petit Jihad, c’est la guerre, le grand Jihad, la guerre intérieure.

Puis il y a les Druzes qui rejettent la charia, l’obligation des prières, et ne font pas le ramadan. Il n’y a ni lieu de culte, ni liturgie chez les Druzes. Il y a aussi les Alaouites qui ne se considèrent pas comme Arabes, mais comme des descendants des Phéniciens.

On peut aussi parler de l’Alévisme, une variante du Chiisme duodécimain. Les Alévis n’ont pas, comme les Druzes, l’obligation des cinq prières, ni du pèlerinage à la Mecque. Ils prient non pas à la mosquée, mais dans le cémevi (sans minaret). Les hommes et les femmes étant côte à côte et leurs chefs spirituels peuvent être des deux sexes. D’ailleurs, les Alévis défendent la laïcité et refusent le mélange de la politique et de la religion. Le Coran, la Bible, la Torah et le Sefer Tehillim, le livre des Psaumes, sont considérés comme étant de même valeur. Il n’y a aucune obligation de porter un foulard pour les femmes, et les textes y faisant référence sont même considérés comme caducs. La révélation de Dieu ne se limite pas aux textes sacrés, ce qui laisse beaucoup de place pour une « modernisation ». Il est également important de souligner que la liturgie n’est pas dans la langue du Coran, mais dans la langue vernaculaire. L’Alévisme privilégie d’ailleurs le fond du Coran à la forme, d’où une grande marge de manœuvre philosophique. Cette variante de l’Islam est très présente en Turquie où elle est joyeusement discriminée et ignorée. La Turquie a d’ailleurs été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme en décembre 2014 pour cette discrimination.

Admettons ainsi que je décide qu’en affaire de religion, les Druzes aient raison, je n’ai pas besoin de respecter le ramadan ou les cinq prières quotidiennes. Les autres Chiites considèrent, contrairement aux Sunnites, qu’on ne peut faire que trois des cinq prières.

Les deux grandes forces qui s’opposent sont les Sunnites, majoritaires, et les Chiites, principalement présents en Iran et en Irak. Les deux grands mouvements rigoristes au sein du sunnisme sont le Salafisme et le Wahhabisme.

Le Salafisme, qui lui-même se redécoupe en un nombre important de tendances, c’est ce que j’appellerais « l’Islam texto ». Une vie faite de sentences courtes qui ne demandent aucun effort intellectuel. Vous devez simplement respecter scrupuleusement les rituels et moins vous posez de questions, plus vous êtes pieux. Comme vous avez la sensation d’être un croyant particulièrement fidèle, vous pouvez en tirer facilement un sentiment de supériorité. Parfait pour fabriquer du terroriste à partir de ratés en tout genre. Les ennemis sont alors les « mécréants », donc tous les non-musulmans, et les « apostats », autrement dit les « mauvais » musulmans, bref, tous les autres qui ne pensent pas exactement de la même manière que vous.

Pour Daesh, par exemple, les Chiites et les Alaouites sont des apostats. Les Chiites prônent une séparation entre les autorités politiques et les autorités religieuses, les Sunnites, non. C’est pour cela qu’au Maroc, le roi est en même temps commandeur des croyants, alors qu’en Iran, les Ayatollahs sont indépendants de l’exécutif. Le Hamas est sunnite, le Hezbollah chiite et Bachar Al-Assad est alaouite. Mais l’Iran chiite soutient aussi le Hamas sunnite, Bachar Al-Assad ou l’Arménie chrétienne, mais pas l’Azerbaïdjan chiite. L’ennemi commun numéro un d’Al-Qaida et de Daesh, c’est l’Occident suivi de tous les autres qui ne leur plaisent pas. Mais les stratégies sont différentes. Al-Qaida vise surtout les USA alors que Daesh cherche à faire s’effondrer l’Occident en s’attaquant à l’Europe. Daesh espère une guerre civile avec un soulèvement des populations musulmanes vivant en Europe et tente donc d’accentuer les ruptures existantes dans les sociétés européennes. Ce en quoi ils partagent une stratégie commune avec les mouvements d’extrême droite qui expriment de plus en plus ouvertement une véritable nostalgie du conflit armé et n’attentent qu’une bonne raison pour lancer les hostilités.

Oui, je vous le concède, ce n’est pas évident. Ce qui veut donc dire qu’il faudrait dans un premier temps commencer par éviter de ne pas céder plus aux lubies d’un groupe que d’un autre, simplement parce qu’il crie plus fort et c’est pourtant malheureusement ce que nous faisons depuis des années pour des raisons plus ou moins avouables.

Il conviendrait également de définir la place de l’Imam. Les Sunnites et les Chiites n’ont absolument pas la même vision ni de sa fonction, ni de son recrutement, ni de son rôle. Le véritable problème, c’est que nous ne cherchons pas à définir un Islam de France républicain et laïc – par paresse et/ou ignorance –, nous importons celui dont la plupart des pays musulmans ne veulent plus.

Cette posture a comme conséquence de maintenir l’Islam dans une position de « l’étranger permanent » qui profite finalement autant aux détracteurs qu’aux islamistes. Elle est de plus cultivée par un nombre conséquent de défenseurs autoproclamés du « Bien » avec un grand « B ». Rien ne serait plus terrible pour ces derniers que de voir des Français de culture musulmane parfaitement intégrés et heureux, puisqu’ils perdraient toute leur raison d’être et la légitimation de leur indignation et de leur combat. Comment voulez-vous vous reconnaître dans un pays, si l’on vous définit continuellement, non pas par votre appartenance à ce pays, mais par votre culture religieuse réelle ou imaginaire et que l’on vous répète que vous êtes la victime de ce même pays  et qu’il faut vous protéger ? La vacuité idéologique de ces « défenseurs » n’a d’égal que leur aveuglement puisqu’ils n’existent que par ce reflet qu’ils créent eux-mêmes.

Non, le monde n’est pas fait de méchants et de bons, il y a beaucoup de nuances de gris et l’enfer est pavé de bonnes intentions. De l’autre côté vous avez aussi ceux qui brandissent l’étendard de la peur et qui mélange allègrement tous les problèmes possibles dans une sorte de bouillie, faite de véritables défis et de phantasmes.

Difficile alors de faire la part des choses.

Exemple : Mode d’emploi pour une interprétation théologique malveillante dans le but de fabriquer un terroriste.

Alors, une mise en garde avant tout : le texte qui suit est une interprétation volontairement malveillante de l’Islam, mais je veux démontrer comment justifier tout et n’importe quoi avec un texte religieux.

J’ai lu cette phrase : «Quiconque imite des gens leur est assimilable.» Dans le contexte, il s’agissait de ne pas ressembler à des mages. Elle sert à plusieurs reprises sur le site saoudien rigoriste bien connu islamqa.info pour expliquer qu’il ne faut pas faire, telle ou telle chose. Je vais donc également m’en servir.

Commençons par fabriquer un monde simple, prérequis pour faire de l’endoctrinement :

D’un côté, il y a donc les « bons » croyants et de l’autre, les mécréants et les apostats.

Surtout, pas de nuances de gris, c’est trop compliqué.

Nous avions vu dans le billet 1 que certains courants musulmans considèrent que les autres courants musulmans sont aussi des mécréants. Les limites de ces définitions sont donc souples. Ce qui est sûr en revanche, c’est que tous les non-musulmans sont des mécréants. Le pire crime contre Dieu/Allah, c’est de ne plus croire en lui ou de s’écarter de sa parole, dans ce cas, on devient un « hypocrite » ou un apostat. La teneur exacte de la parole de Dieu n’est pas si claire que ça, puisque chaque courant de l’Islam considère l’avoir bien comprise. Notez que c’est la même chose dans les autres religions. Si vous voulez endoctriner quelqu’un, il faut commencer par l’isoler intellectuellement.

Alors, pour cela, posons une question simple pour nous servir d’exemple : Peut-on être ami d’un mécréant ?

A priori, la réponse à la question rhétorique de l’amitié est, comme prévu, non. Mais voilà, il faut que je démontre au nouveau converti qu’il est interdit de prendre un mécréant pour ami, de nouer une relation avec lui, de s’installer chez lui ou de faire preuve d’affection envers lui.

Dans le Coran, répondez-vous au poseur de question, c’est assez clair, il est dit que : « Tu n’en trouveras pas, parmi les gens qui croient en Allah et au Jour dernier, qui prennent pour amis ceux qui s’opposent à Allah et à Son Messager, fussent-ils leurs pères, leur fils, leurs frères ou les gens de leur tribu. Il a prescrit la foi dans leurs cœurs et Il les a aidés de Son secours. Il les fera entrer dans des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, où ils demeureront éternellement. Allah les agrée et ils L’agréent. Ceux-là sont le parti d’Allah. Le parti d’Allah est celui de ceux qui réussissent.» (Coran, Sourate 58:22)

C’est d’ailleurs une subtilité de la théologie. La première réponse doit toujours être évidente.

J’entends le hurlement « CONTEXTE ». Oui, j’y viens. Ce passage ne veut pas dire qu’il faut pour autant ne pas faire par exemple de commerce avec les mécréants, Mahomet l’ayant fait lui-même ou vivre en paix côte à côte. Il ne faut juste pas trop s’en rapprocher. L’important dans le choix de ses connaissances parmi les mécréants, c’est la mesure d’attachement à la foi et là, les athées, par exemple, sont mal.

« Certes, le bon compagnon et le mauvais compagnon sont respectivement comparables au porteur du musc et à celui qui souffle dans l’instrument du forgeron. Le premier vous attire de manière à ce que soit vous achetez de son parfum , soit vous en flairez la bonne odeur. Le second peut, soit bruler vos vêtements, soit vous faire sentir une mauvaise odeur.» (Mouslim dans son Sahih n°2628)

C’est un peu comme les cadeaux. On peut en recevoir ou en donner à un mécréant puisque Mohammed l’a fait (Al-Bokhari n° 2619), mais dans le but de « gagner son cœur et lui faire désirer l’Islam. » Attention, cependant, il ne faut pas le faire un jour de fête chrétienne par exemple pour ne pas être assimilé aux mécréants.

Le croyant a le droit d’être bon avec le mécréant :« Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allah aime les équitables.» (Coran,60:8).

Ce qui est rassurant. Eh oui, vous ne devez pas dire à celui que vous voulez enrôler qu’il est le méchant. Bien au contraire, vous devez lui montrer qu’il est le gentil, le bon, le vrai. C’est les autres qui sont méchants. On retrouve le même processus dans le terrorisme des années 1970. La bande à Baader était convaincue de faire une guerre juste contre le système et on pointait du doigt les horreurs de la guerre du Vietnam comme on pointe aujourd’hui du doigt les horreurs de la guerre en Syrie. Donc il faut pouvoir se convaincre d’être « bon » et « juste ».

Mais attention, pas question de se lier d’amitié pour autant avec les possibles victimes « Ô vous qui avez cru! Ne prenez pas pour alliés Mon ennemi et le vôtre, leur offrant l’amitié, alors qu’ils ont nié ce qui vous est parvenu de la vérité.» (Coran,1:60) et :

« Ô les croyants, ne prenez pas de confidents en dehors de vous-mêmes: ils ne failliront pas à vous bouleverser. Ils souhaiteraient que vous soyez en difficulté. La haine certes s’est manifestée dans leurs bouches, mais ce que leurs poitrines cachent est encore plus énorme. Voilà que Nous vous exposons les signes. Si vous pouviez raisonner!» (Coran,3:118)

« Et ne vous penchez pas vers les injustes: sinon le Feu vous atteindrait. Vous n’avez pas d’alliés en dehors d’Allah. Et vous ne serez pas secourus.» (Coran,11:113)

«Est-ce donc le jugement du temps de l’Ignorance qu’ils cherchent? Qu’y a-t-il de meilleur qu’Allah, en matière de jugement pour des gens qui ont une foi ferme?» (Coran,5:51)

Donc c’est clair, et dans le contexte, si on suit ces préceptes au mot, c’est mal parti pour le vivre ensemble. Et je ne parle même pas des homosexuels qui sont une « abomination ». Alors, ami, non, cordiale entente à la limite.

Là, c’est bon, la victime de mon endoctrination commence à s’éloigner de sa famille et de ses amis. Pour l’éloignement de la famille, c’est d’autant plus simple s’il est adolescent ou que la famille est morcelée et fragile. Je peux désormais l’intégrer dans un autre groupe, celui des « élus ». C’est le même mécanisme que pour une secte.

Si je veux fabriquer des terroristes, il faut aussi leur apprendre à se reproduire. La mission première est et reste le prosélytisme. Alors, on ajoute le passage suivant : «Mais s’ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, ils deviendront vos frères en religion. Nous exposons intelligiblement les versets pour des gens qui savent » (Coran,9: 11)

D’ailleurs, direz-vous à celui qui vous regarde désormais comme un « savant », il faut être supérieur en tout au mécréant. C’est bon pour l’égo. C’est pour cette raison que normalement, le croyant n’a pas le droit de mentir : « Ô vous qui croyez! Craignez Allah et soyez avec les véridiques» (Coran, 9: 119).

L’interdiction du mensonge doit servir à démontrer au mécréant la supériorité de l’Islam, expliquez-vous. On retrouve cette interdiction dans plusieurs hadiths.

L’apprenti terroriste vous répond alors : « Mais si on me demande, si je veux préparer un attentat, je dois donc dire oui pour ne pas mentir ? »

« Ah l’imbécile ! » pensez vous, pour mieux lui répondre qu’il existe naturellement trois exceptions selon Mouslim (2605) rapporté par Ibn Chihab  et chez Ahmad (26731): «je n’ai entendu autoriser en matière propos couramment qualifiés de mensonges que ce qui est dit dans trois cas: la guerre, la réconciliation de groupes et les entretiens qu’on a avec sa femme ou son mari.»

Ce qui en gros veut dire que si nous sommes effectivement en guerre, le mensonge est licite. Ça lui apprendra à poser des questions bêtes.

Maintenant, il me reste juste à lui expliquer que la guerre, c’est la paix, comme dans 1984 d’Orwell.

Voilà comment avec un minimum d’effort intellectuel on peut fabriquer quelque chose de convaincant. D’où l’importance de transmettre des interprétations claires pour éviter ce genre de construction.

Religion de paix ou de guerre ?

Ni l’un ni l’autre. J’en ai déjà parlé et je ferai donc plus court.

La guerre contre les ennemis de l’Islam ne faisait pas partie constituante de l’Islam dans la période mecquoise. Elle le devient après l’immigration de Mahomet à Médine. (Coran, 22:39-40)

« Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués (de se défendre) – parce que vraiment ils sont lésés; et Allah est certes Capable de les secourir – ceux qui ont été expulsés de leurs demeures, – contre toute justice, simplement parce qu’ils disaient : « Allah est notre Seigneur ». – Si Allah ne repoussait pas les gens les uns par les autres, les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les synagogues et les mosquées où le nom d’Allah est beaucoup invoqué. Allah soutient, certes, ceux qui soutiennent (Sa Religion). Allah est assurément Fort et Puissant, »

La plus noble raison de faire la guerre étant évidemment la défense de la religion et son extension dans le monde. Comme l’Islam puise ses sources également dans les textes chrétiens et juifs, on retrouve de nombreuses justifications. Citons ici par exemple Matthieu (chapitre 10:33-42) :

« Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive.Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa propre maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »

Mais Jésus dit aussi ( Matthieu chapitre 26 :52-54)  « Remets ton épée en son lieu; car tous ceux qui auront pris l’épée, périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas maintenant prier mon Père, qui me donnerait présentement plus de douze Légions d’Anges? Mais comment seraient accomplies les Écritures qui disent qu’il faut que cela arrive ainsi. »

Une contradiction ? Oui et non, plutôt une question de lecture et d’interprétation. Si je retiens uniquement l’idée du glaive au premier degré, oui, il y a une légitimation de la violence et des « guerres saintes ». Si je lis le même passage en relation avec le deuxième, je vois que le glaive pourrait juste être un symbole pour la vérité, Jésus faisant le choix de mourir pour les Hommes au lieu d’appeler à la violence. Il embrasse même celui qui vient l’arrêter.

Si je cite Luc hors de son contexte, j’obtiens le passage suivant : «  Au reste, amenez ici mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, et tuez-les en ma présence.» (Luc 19:27)  Sus aux mécréants !

Oui, mais si je remets le passage dans son contexte, il s’agit d’une parabole que raconte Jésus à Zachée. Il est possible de comprendre cette parabole de plusieurs manières, chacun choisissant celle qui lui convient le plus. Ce qui rend toute interprétation « juste » illusoire, il ne peut y avoir que des interprétations « admises », toutes pouvant être, soit justes soit fausses selon la lecture faite. Revenons aux textes relevant purement de l’Islam. Nous avions déjà évoqué les deux aspects du Jihad. La guerre, même si elle n’est pas agréable pour l’homme, fait partie de ses devoirs :

«Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable. Or, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose alors qu’elle vous est un bien. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est mauvaise. C’est Allah qui sait, alors que vous ne savez pas. » (Coran, 2 : 216).

Il est donc tout à fait possible de condamner la guerre en soi et de la faire quand même. D’où une réelle nécessité de clarifier les messages. Certains passages en revanche sont clairement et indiscutablement des appels à la violence (Sourate 9, 29-30) :

« Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leurs propres mains, après s’être humiliés . Les Juifs disent : « Uzayr est fils d’Allah » et les Chrétiens disent : « Le Christ est fils d’Allah ». Telle est leur parole provenant de leurs bouches. Ils imitent le dire des mécréants avant eux. Qu’Allah les anéantisse! Comment s’écartent-ils (de la vérité)? »

Reste alors à définir, si Dieu se charge lui même de l’extermination ou si c’est aux hommes de faire le boulot à sa place. Comme toujours les deux lectures sont possibles.

Et puis il y a les très célèbres versets 89 et 90 de la Sourate 4 :

4.89 : « Ils voudraient qu’à leur instar vous sombriez dans la mécréance afin que vous en soyez au même point qu’eux. Ne les prenez pas pour alliés tant qu’ils n’auront pas émigré pour la cause de Dieu et s’ils se détournent, emparez-vous d’eux et tuez-les où que vous les trouviez. Et ne les prenez ni pour alliés ni pour partisans ! »

4.90 : « [tuez-les où que vous les trouviez] à l’exception de ceux qui visitent une tribu à laquelle vous êtes liés par un traité ou de ceux qui viennent vous trouver le cœur serré à l’idée de vous combattre ou de combattre leur tribu ; si Dieu l’avait voulu, Il les aurait rendus maîtres de vous et ils vous auraient combattus. Aussi, s’ils vous évitent, ne vous combattent pas et vous offrent leur soumission, Dieu ne vous permet pas de leur témoigner de l’hostilité. »

Alors il est important, comme je l’ai fait avec Luc, de lire les versets dans leur contexte en lisant les versets précédents et ceux qui suivent. Après, il y a obligation normalement de lire les explications et commentaires officiels pour comprendre le sens profond. Sauf que dans cette deuxième étape, il s’agit d’un choix, puisqu’il n’y a pas une, mais plusieurs écoles. Et j’ai trouvé un peu de tout. Du message de paix à celui qui demande massacrer tous les infidèles.

De manière générale, ces versets sont censés avoir été révélés à Médine et s’adressent donc au jeune État à peine fondé plus qu’aux membres constituants de cet État pris individuellement. Mais il s’agit effectivement d’un appel à la violence armée étatique. Les terroristes qui ont frappé se revendiquent d’un État et ils agissent non pas dans une pulsion individuelle, mais bien dans un mouvement global. Il est donc tout à fait pertinent de considérer ce passage comme une justification religieuse de cette violence.

En revanche, la question qui se pose est de savoir s’il est fait référence ici aux non-musulmans ou uniquement aux « hypocrites » c’est-à-dire à ceux qui font semblant de croire et qui se sont détournés de l’Islam. Un questionnement tout à fait défendable, si l’on reprend le verset 88 :

« Qu’avez-vous à vous diviser en deux factions au sujet des hypocrites ? Alors qu’Allah les a refoulés (dans leur infidélité) pour ce qu’ils ont acquis. Voulez-vous guider ceux qu’Allah égare? Et quiconque Allah égare, tu ne lui trouveras pas de chemin (pour le ramener). »

Dans ce cas, c’est à la guerre des musulmans entre eux qu’il est fait référence. Ce n’est pas vraiment beaucoup mieux me direz-vous. Mais cela permet d’expliquer notamment pourquoi la Djihadistosphère sur internet se réjouissait de la mort d’un policier français de confession musulmane lors des attentats contre Charlie Hebdo.

Je finirai ce billet extrêmement long sur une remarque générale. Le meilleur moyen de s’entendre, c’est de se comprendre et pour se comprendre, il faut apprendre et discuter. L’ignorance crasse des deux côtés, autant des détracteurs que des défenseurs, rend le dialogue impossible et ne peut que favoriser la haine et les haineux.

Je ne défends ni de condamne l’Islam dans son ensemble, comme je ne condamne ni ne défend le Catholicisme ou le Luthéranisme.

Je suis philosophe, j’aime comprendre et j’aime débattre. Peu me chaut que quelqu’un croit ou non en Dieu, s’il tue pour ses idées, il est détestable. Un meurtrier religieux ou politique reste un meurtrier.

Et si Dieu existe, qu’il est vraiment tout puissant,  j’ai du mal à croire qu’il puisse s’indigner de quelques traits de crayon sur du papier. « Dieu est grand » et il n’a pas besoin de vous pour se défendre. Quand j’entends les appels à la guerre civile et religieuse, je m’inquiète parce que c’est exactement cela que recherchent les terroristes et les extrémistes de tous les bords.

La question n’est pas non plus de savoir si l’Islam fait partie de l’Europe ou non. C’est déjà le cas, de fait. La question est plutôt de savoir quel Islam nous voulons pour l’avenir ? Quel courant de pensée et d’interprétation ? Cèderons-nous, par peur ou par angélisme, aux plus réactionnaires ?

D’ailleurs personne n’a pu me prouver par le texte et de manière indiscutable qu’il était interdit de représenter Mahomet. Comme le dit l’imam Abdelali Mamoun pour le NouvelObs’: « Nous avons dans les sources de l’islam suffisamment d’arguments pour dire que « Charlie » a le droit d’offense. Le prophète s’est sacrifié et nous devons accepter ce sacrifice. Nous devons donner tous pouvoirs à la liberté. Nous avons la liberté de croire ou de ne pas croire. Nous laissons les autres avoir leurs idées. Ce sont les règles du jeu. C’est ça la grandeur de la démocratie. C’est ça la beauté de la France. »

Le seul véritable moyen de sortir de cette impasse qui nous mène à la guerre civile, de religion et de culture, c’est d’agir dans le sens des Lumières. Ouvrir le débat, discuter, remettre en question, caricaturer sans censure et surtout, ne pas se borner à des explications d’une pensée préfabriquée quelle que soit son origine.

Mais peut-être est-il déjà trop tard…

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