« Maître, le péril est grand ; ces Esprits que j’ai évoqués, je ne parviens pas à m’en débarrasser. » (« Herr, die Not ist groß, die ich rief die Geister, werd ich nun nicht los. » Goethe)

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Une menace que l’on peut brandir est la meilleure alliée de celui qui manque d’idées pour fabriquer de la popularité. Mitterand l’avait parfaitement compris et a su jouer du Front National comme un virtuose. L’actuel président marche d’un pas régulier dans les sentiers de son illustre prédécesseur, mais omet, à mon sens, que les temps ont changé. Le FN était à l’origine un monstre qui devait ennuyer la droite et permettre à la gauche de surmonter son pire handicap, son manque d’unité. L’ennemi historique de la gauche, c’est la gauche et toutes les constructions d’unité à gauche se sont soldées par un échec. Éternellement unie dans la désunion, voilà le sort de la gauche. La représentation linéaire de la politique est d’ailleurs erronée, elle est polaire, le centre étant situé entre le degré 60 et 120 alors que les extrêmes gauches et droites occupent la zone entre 210° et 330°. C’est la raison pour laquelle la gauche de la gauche est aujourd’hui autant menacée par le FN que la droite. Si Syriza devait faire des émules, je ne suis pas convaincu que cela profiterait à Mélanchon.

L’idée de départ était simple pourtant : il fallait créer un monstre pour construire un héros. Le héros n’a pas d’existence s’il n’a pas un monstre à pourfendre. Seul le monstre permet l’acte fondateur de la mise à mort cathartique du laid, du repoussant et de cette part d’ombre inavouable en nous.

Le Bien n’existe que dans son opposition au Mal. Le problème c’est que dès lors qu’on se conçoit comme détenteur du « Bien » par principe, on peut se permettre n’importe quoi, les autres étant forcément mauvais s’ils devaient ne pas être d’accord. C’est le paradoxe de la « morale absolue » dont se revendiquent tant de croyants et qui permet de brûler vifs des gens parce qu’ils ont avis différent tout en prêchant l’« Amour ». Dieu n’est qu’amour et en son nom, je vais te tuer dans d’atroces souffrances qui lui feront plaisir. Le paradoxe est de taille. Mais revenons à la politique.

La droite croit en l’homme providentiel. Sarkozy en a joué et tente à nouveau d’en jouer. La gauche n’y croit pas, elle a besoin d’afficher une cause, morale de préférence. La gauche a donc besoin d’un monstre à tuer alors que la droite aime le Léviathan de Hobbes, ce monstre qui protège des autres monstres.

Le problème, c’est que le monstre est devenu l’élément majeur de la stratégie électorale à droite comme à gauche. Pour la gauche comme pour la droite, il faut désormais faire monter le FN pour être élu, car les deux poids lourds pour 2017 ont du plomb dans l’aile. Celui de la gauche ou de la droite qui parvient à se retrouver en duel contre le monstre devient automatiquement, en théorie, le héros. Chirac, avec toutes les affaires qui lui collaient aux semelles et sa très relative popularité réelle dans les urnes (19%) a été élu en 2002 avec 82 % des voix. Un rêve. Alors, imaginez la tentation du monstre pour un président comme François Hollande, massivement désapprouvé, et pour un challenger sur le retour comme Nicolas Sarkozy. Hollande a été élu parce que les Français ne supportaient plus Nicolas Sarkozy et que Dominique Strauss-Kahn s’était laissé piéger par ses plus bas instincts. Nicolas Sarkozy revient en oubliant d’être convaincant et sans autre ligne que celle de vouloir être élu. Mais pourquoi le serait-il d’ailleurs ?

François Hollande répète sans cesse que le chômage n’est pas une fatalité sans pouvoir démontrer l’inverse. Il peine à contenir les frondeurs dans ses rangs et aura du mal à retrouver un terrain d’entente crédible avec la gauche de la gauche. Et il va avoir du mal à liquider Valls. C’est dans ce contexte morose que les législatives dans le Doubs devraient donner l’alerte.

Pour la première fois, la réduction de l’abstentionnisme n’est pas venue renforcer le PS au 2e tour. Les gens sont allés voter, mais ils n’ont pas voté automatiquement pour le PS. Agiter le monstre ne suffit plus à faire peur et le triomphe relatif du héros tragique laisse un arrière-goût amer. Pour 48 % des votants, le monstre est désormais préférable au héros. Le PS pointe du doigt l’UMP, L’UMP pointe du doigt le PS. Mais rejeter la faute sur l’autre ne sert à rien. Sur certains forums d’extrême droite, on pouvait lire durant la dernière présidentielle qu’il fallait voter à gauche au deuxième tour pour démontrer la théorie de l’ « UMPS » et préparer ainsi la relève. La dédiabolisation semble fonctionner et la stratégie du héros ne paie plus. Le héros a été vidé de son sens et usé jusqu’à la corde.

Peut-être serait-il temps pour un virage massif dans la stratégie électorale, car à force de jouer avec le feu, on pourrait finir par se brûler. La relation avec le feu, c’est comme la relation avec les monstres, on sait quand elle commence, mais rarement quand elle s’arrête.

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Classé dans La chronique du bocal à cornichons

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