« L’idée la plus utile aux tyrans est celle de Dieu. » (Stendhal, Le rouge et le noir, Volume 1, page 28)

CornichonsChandelle

Et voilà, ça continue. Avec un rythme trottinant d’attentats en Europe, de massacres en Afrique, l’Islamisme est la franchise multinationale la plus active de la Faucheuse actuellement. Les « courageux-relatifs » post 7 janvier dénonçaient, dès le 12, la provocation inutile des caricatures de Charlie Hebdo. On les avait prévenus pourtant, mais voilà, ils voulaient continuer à être libres, les inconscients. Stop, voyons, cédons et tout ira bien.

Esprit de Neville Chamberlain, es-tu là ?

Après, ce fut le retour des explications traditionnelles : interventionnisme, pauvreté, liberté du Net, méchante prison …

Pourtant, même le Japon, à qui l’on ne peut pas vraiment reprocher grand-chose en terme d’interventionnisme militaire ces dernières décennies, est menacé.

Au Danemark, on ose faire une conférence sur la liberté d’expression et c’est le bain de sang. Pourtant, cette fois, aucun journal danois n’avait plus trouvé le courage de réimprimer les caricatures.

Des escarpins de femmes sur des tapis de prière ? Provocation ! Déjà, être une femme, c’est limite.

Il n’y a plus aucune raison de dessiner des caricatures pour provoquer, il suffit désormais d’y penser. Le simple mot « liberté d’expression » est devenu la provocation ultime.

Et être juif, bien sûr. D’ailleurs, la corrélation entre antisémitisme et terrorisme islamiste est indéniable. Que les islamistes soient des antisémites convaincus n’a rien de vraiment surprenant. Manuel Valls utilise très justement le terme d’islamo-fascisme. La proximité idéologique des deux termes est claire.

En revanche, l’antisémitisme « ordinaire » qui traverse toutes les couleurs politiques de l’extrême gauche à l’extrême droite permet une proximité malsaine avec l’islamisme bien plus préoccupante.

Alors, quand un ancien ministre des Affaires étrangères comme Roland Dumas pointe du doigt les « influences juives » de Manuel Valls (voir ici), un commentaire à faire sauter de joie Dieudonné M’Bala M’Bala ou Alain Soral, on est en droit d’être inquiet.

Imaginez maintenant le destin d’un français de confession juive, défenseur de la laïcité et caricaturiste…

D’ailleurs, le rappeur Médine chante joyeusement qu’il faut «crucifier les laïcards». Fait amusant : en raison du mauvais timing de son « œuvre », qui arrive juste avant les attentats du 7 janvier, l’ambiance est un peu tendue depuis et il attrape froid aux pieds. Du coup, il se fend d’une très subtile défense, expliquant qu’il est tellement Charlie et Brassens que personne n’a rien compris à son texte et qu’il faut naturellement le lire au 3e degré (au moins). La prière de rue de l’« Islamo-caillera » ? De l’humour naturellement. Et les fatwas contre « les cons », ce qui est assez subjectif comme définition, vous en conviendrez, une blague voyons. Les « ultra-laïcs », invention amusante, sont les vrais méchants… tout s’explique.

Mais qu’est-ce qu’on rigole, ces derniers temps.

Houellebecq écrit une fiction qui parle de l’Islam. Avant même d’avoir été lu, il est condamné comme « brûlot islamophobe». Le grand inquisiteur Edwy Plenel, par exemple, demande ainsi le 5 janvier dans l’émission C à vous sur la 5 que soit décrétée l’interdiction générale de plateau télévision à tous les provocateurs SANS avoir lu une seule page de l’ouvrage en question (Vidéo ici). Ce grand démocrate essayant surtout de vendre son ouvrage à lui. Il déclare même que l’autocratie, c’est quand tout est possible et que la démocratie, c’est l’inverse. Pour lui, j’en aurais une autre de citation dans ce genre, tirée du roman d’Orwell, 1984 : « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force. »

Quand Cohen dit à la fin de la diatribe plenelienne contre les méchants médias qui parlent trop des autres et pas assez de lui« qu’on aurait pu en débattre », Edwy Plenel termine sur cette phrase mémorable, « je ne débats pas avec des opinions racistes, je suis désolé, je les combats ».

Crac, Houellebecq et Cohen sont des racistes, fin du débat, CQFD, dans les dents. Honni soit qui voit là un raccourci aussi démocratique qu’un discours de Kim Jong Un. Il y a beaucoup de choses qu’on pourrait critiquer dans le dernier livre de Houellebecq, mais dire qu’il est raciste ?

Charlie Hebdo, avant de devenir une icône nationale à son grand dam, critiquait tout le monde, mais Charlie Hebdo critiquait également l’Islam. Crac, Charlie Hebdo a été, un temps, raciste. Enfin, comme je le disais, tant que nous n’étions que 60 000 Charlie. Une fois la moitié de l’équipe morte et maintenant que nous sommes des millions de Charlie, c’est l’absolution partielle. Pour le moment, mais ça ne va pas durer.

Naturellement, tout le monde, ou presque, condamne actuellement les actes terroristes. Ça ne coûte rien. Néanmoins, nombre de phrases contiennent des « mais » qui sont autant de modalisation du message. Je lisais un message sur Facebook qui disait : « Je condamne les attentats, MAIS il faut arrêter d’insulter le prophète. Charlie, c’est un journal raciste et islamophobe. »

Un « mais » placé comme ça permet de dire tout et n’importe quoi.

Je suis pour la liberté d’expression, MAIS …

et voilà la liberté d’expression convenablement remise en question.

Je suis profondément choqué, MAIS…

Je condamne cet acte barbare, MAIS…

Il faut continuer à faire des caricatures, MAIS

mais, mais, mais et encore, mais. Le véritable message dans un énoncé vient toujours après le « mais » jamais avant. Et puis, il y a les dignitaires et représentants religieux qui sont à nouveau sortis du bois.

Le pape déclare « si un grand ami parle mal de ma mère, il peut s’attendre à un coup de poing, et c’est normal. On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision ». Jésus, s’il pouvait, se retournerait sur sa croix. Une légitimation de la violence que je trouve assez choquante. Non, une personne civilisée ne frappe personne pour une insulte. Elle peut faire un procès ou porter plainte, mais en aucun cas user de violence physique. 

Pour ceux qui ne comprendraient pas la différence entre une insulte et un blasphème, une petite explication. Une insulte vise une personne physique que l’on peut blesser. Un blasphème, c’est une diffamation présumée d’un être n’ayant pas d’existence avérée. Si je dis que le père Noël a des petites boules, pour les adorateurs du père Noël, c’est un blasphème, pour le père Noël, en revanche, ça n’a aucune importance puisqu’il n’existe pas et ne peut donc pas être blessé. S’il devait exister et être blessé par ma blague, il a tout à fait le droit de porter plainte, ses adorateurs non. Quant à ceux qui mettent blasphème et négationnisme sur un pied d’égalité, c’est d’une telle malhonnêteté intellectuelle évidente qu’une réponse est inutile. Mais certains semblent volontiers confondre sacré religieux et devoir de mémoire.

On a beau être « Charlie », être « danois », être « veuillez introduire le nom des prochaines victimes ici », si l’on continue à reculer en aboyant, en cherchant des excuses pour l’inexcusable, on n’arrivera à rien. S’il fallait prendre en compte toutes les sensibilités religieuses comme le prétend notre bon pape François, nous n’aurions plus grand-chose à mettre dans nos journaux, dans nos films et dans nos livres. Enfin libérée de tout esprit critique, l’humanité pourrait à nouveau joyeusement sombrer dans la stupidité confortable de l’orthodoxie religieuse.

Ne dit-on pas: Bienheureux sont les pauvres en esprit; car le Royaume des cieux est à eux (Matthieu 5:3) ?

Je suis un fervent défenseur de la liberté d’expression et j’ai toujours le réflexe de commencer par défendre celui que l’on veut interdire de parole. Je pense par exemple qu’il vaut mieux qu’un conspirationniste puisse s’exprimer librement, pour qu’on puisse lui répondre et ainsi démonter sa théorie. La théorie du complot, c’est une flatulence intellectuelle d’un esprit paresseux et un brin paranoïaque, ça sent mauvais mais on peut aérer.

Le problème, c’est que l’indignation permanente des dernières années ne permet plus de dissocier un message réellement indécent, parce que faisant l’apologie du génocide par exemple, d’une prise de position déplaisante d’un point de vue subjectif et donc, discutable.

Pourrait-on désormais défendre la liberté d’expression sans que ceux qui la méprisent ne se sentent obligés de rajouter des « mais » en cascade et la vider de sa substance ? Et pourrait-on arrêter de vouloir faire des concessions à des extrémistes ? Ça ne sert absolument à rien, si ce n’est les rendre plus gourmands. Tirons les leçons de l’histoire, et disons stop, maintenant, tant que nous le pouvons encore.

« Craignons toujours les excès où conduit le fanatisme. Qu’on laisse ce monstre en liberté, qu’on cesse de couper ses griffes et de briser ses dents, que la raison si souvent persécutée se taise, on verra les mêmes horreurs qu’aux siècles passés ; le germe subsiste : si vous ne l’étouffez pas, il couvrira la terre. »

Voltaire : Avis au public sur les parricides imputés aux Calas et aux Sirven, Des suites de l’esprit de parti et du fanatisme, 1766

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2 Commentaires

Classé dans La chronique du bocal à cornichons

2 réponses à “« L’idée la plus utile aux tyrans est celle de Dieu. » (Stendhal, Le rouge et le noir, Volume 1, page 28)

  1. Superbe article… Totalement en accord…

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