Archives mensuelles : avril 2015

Haro! Ne voyez vous donc pas que l’éducation se meurt ?

Connaissez-vous, chers lecteurs, l’histoire des „Schildbürger“ ? Il s’agit d’un peuple fictif issu d’un roman allemand à succès dans les années 1597-1598. Les Schildbürger, nous explique l’auteur dans l’introduction, étaient naguère réputés pour leur grande intelligence et leur culture. À tel point que toutes les cours d’Europe venaient recruter ministres et experts dans le petit bourg de Schilda. Le village vidé de sa population masculine (nous sommes au Moyen Âge), les femmes furent obligées de cumuler toutes les tâches et s’en trouvèrent débordées. Les champs étaient couverts de mauvaises herbes, les rues insalubres, les enfants délaissés et les toitures en ruine. Malgré tous leurs efforts, les femmes ne pouvaient plus assurer seules et sur tous les fronts le travail habituellement partagé par l’ensemble de la maisonnée. Devant cette situation intenable, elles écrivirent à leurs maris et leurs fils les enjoignant de revenir.

Les hommes revenus, ils se réunirent pour trouver une solution, et à force de réflexion, ils n’en trouvèrent qu’une seule : si l’intelligence était la racine de tous leurs soucis, il fallait mieux se faire passer pour sots. Ainsi délivrés de leur réputation, ils pourraient alors rester au village.

Aussitôt dit, aussitôt fait, les villageois firent désormais semblant d’être stupides. Hélas, à force de faire les imbéciles, ils le devinrent vraiment. À tel point, nous dit l’auteur, qu’il n’exista jamais de population plus stupide que les habitants de Schilda.

Les nombreuses histoires qui s’ensuivent sont l’équivalent médiéval d’une synthèse de blagues de blonde, la dimension sociocritique et l’humour en plus. En Allemagne, les Schildbürger sont aujourd’hui encore une référence quand il s’agit de dénoncer des décisions absurdes ou d’une stupidité digne des « Darwin Awards ».

Et maintenant, chers lecteurs, voyez donc les réformes du collège que propose notre gouvernement actuel. On a vu ces dernières décennies un grand nombre de réformes, certaines bonnes, d’autres moins. Là, nous sommes en face d’une réforme qui ferait pâlir d’envie les Schildbürger. La réforme est une telle destruction de tout ce que l’éducation devrait être que je pense qu’il faudra trouver un nouveau nom pour le ministère en question. Même Mme Susanne Wasum-Rainer, l’ambassadrice allemande, en a froid dans le dos, c’est dire.

Non content de détruire l’enseignement des langues classiques, déjà souffrant, de massacrer les cours d’histoire pour les idéologiser et détruire ce qu’il reste de l’enseignement de l’histoire de France en faisant l’impasse notamment sur les Lumières (dont tous se réclament haut et fort pour faire bien. Finis Voltaire, Diderot et Montesquieu.) et le Moyen Âge chrétien, il faut également en finir avec les langues vivantes.

Déjà que notre score PISA n’était pas glorieux, nous risquons cette fois de nous retrouver exclus du classement.

Cinquante ans après la signature du Traité de l’Élysée, l’importance accordée à la mobilité professionnelle dans les échanges entre la France et l’Allemagne n’a jamais été aussi forte. Pourtant, et ce malgré l’émergence d’un marché du travail commun, la commission européenne estime que 18 % des PME à l’exportation perdent des commandes pour une valeur globale de 100 milliards d’euros par an, faute de compétences interculturelles. Il y a déjà 3100 entreprises allemandes qui emploient plus de 300 000 salariés en France. Les investissements ne cessent de croître et l’Allemagne reste avec les États-Unis notre plus gros partenaire. Malgré un contexte de crise économique, les entreprises allemandes ont pourtant réalisé en France un nombre historique de projets. 54 % des investissements ont concerné l’année dernière des extensions ou des développements de sites déjà existants, 46 % sont des projets entièrement nouveaux. Tous les secteurs d’activité sont concernés et malgré les fermetures d’usine et les défaillances industrielles en France, les investissements allemands continuent de privilégier les activités de production, soit près de 40 % des nouveaux projets. L’imbrication des deux économies, la France étant le premier client de l’Allemagne et son troisième fournisseur, a vu naître un nouveau marché et de nouvelles opportunités, si bien que certains recruteurs se sont même spécialisés dans la recherche de candidats aptes à remplir des missions binationales franco-allemandes. Mais pour ça, il faut parler allemand. Et une langue, c’est long et difficile à apprendre.

Mais alors pourquoi coupe-t-on la tête des Abibac et autres classes bilangues? Mais parce que ça sent l’élitisme, voyons ! Le diable ! On se moque de l’avenir professionnel des élèves pourvu qu’ils soient tous ignares, incapables et médiocres, MAIS unis dans la nullité avec une formation en Novlangue incluse dans le forfait. Je ne peux m’empêcher de chantonner dans ma tête la chanson de Georgius « Au lycée Papillon » et son dernier couplet :

« Monsieur l’Inspecteur
Moi, je n’sais rien par coeur.
Oui, je suis l’dernier, je pass’ pour un cuistre
Mais j’m’en fous, je suis près du radiateur
Et puis comm’ plus tard j’veux dev’nir ministre
Moins je s’rai calé, plus j’aurai d’valeur.
Je vous dis : bravo !
Mais je vous donn’ zéro. »

Je fais partie de ces enseignants qui font ce métier par choix et vocation. J’aime mon travail et si je pense qu’il faut donner à tous la possibilité de réussir et que l’école se doit d’être le plus important des ascenseurs sociaux, il faut que cela se fasse par la qualité de l’enseignement et non par le nivellement vers le bas, qui s’apparente à une trahison. Trahison parce que ceux qui n’ont pas les moyens financiers d’échapper à la bouillie d’ignorance institutionnalisée seront condamnés à l’échec au bout du chemin. Dans un monde ouvert comme le nôtre, d’autres feront le choix de tirer les élèves vers le haut et que le jour où il faudra faire un choix dans le recrutement, savoir écrire son nom correctement ou compter jusqu’à dix sans s’aider de ses doigts pourrait être un avantage.

Au lieu de combattre cette injustice, que l’on condamne pourtant sans cesse, en donnant accès aux enfants de toutes les classes sociales la possibilité de suivre une formation exigeante, complète et adaptée, on renforce l’injustice en poussant ceux qui le peuvent à mettre leurs enfants à l’abri dans le privé ou mieux à l’étranger et on condamne les autres au nom d’une idéologie pourtant dépassée depuis plus de 40 ans.

Nous n’avons pas de pétrole et bientôt nous n’aurons plus personne pour avoir des idées. Ainsi sombrent les Schildbürger dans l’ignorance et l’oubli.

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« Unheimlich » ? – Par-delà la vallée dérangeante. (Résumé de la communication du 22 mai 2015)

« Unheimlich » ? – Par-delà la vallée dérangeante.  Par François Thirion (2015)

Résumé

La dualité présumée du corps et de l’âme, qui a longtemps fait partie de notre compréhension de l’être, découle en partie de la limite de concevoir notre propre existence et unicité. En effet, comme l’esprit permet la représentation du corps, il se doit d’être différent, ce qui conçoit ne pouvant intuitivement être ce qui est conçu. Qui ne connaît pas le paradoxe de la poule et de l’œuf qui résume toute la problématique de cette représentation temporelle de l’être et la double nécessité de l’origine et du devenir ? Pourtant, l’esprit n’est qu’une fonction de ce corps qui justement permet la conscience. Autrement dit, l’organisme en ayant conscience de lui-même nie l’unicité de sa propre existence pour pouvoir s’assurer de cette manière de ne pas être un tout et donc de laisser au double ainsi créé la légitimité de valider sa propre existence. Or, un être qui conçoit son existence uniquement dans la duplication ne peut, pour expliquer le monde qui l’entoure, qu’avoir recours à la duplication et à la négation a priori de l’unicité de l’objet qu’il tente de comprendre. Le réel devait donc d’abord être nié pour pouvoir être dédoublé et interprété. Pourtant le réel, comme le démontre entre autres Clément Rosset, ne souffre pas le dédoublement. Le réel est unique. « Était » faut-il pourtant dire désormais car avec la révolution informatique, la donne a changé et le réel devient le contenant d’une double manifestation de son être, le virtuel. C’est-à-dire que l’Homme est en train de créer un réel dans le réel qui s’affranchit de son existence physique pour devenir l’espace de la représentation pure, réalisant un de ses plus anciens fantasmes : le monde rêvé de Narcisse. Une évolution qui laisse entrevoir de nombreuses questions : comment vivre désormais avec l’imperfection de cette « réalité suffisante » sans adjonction de ce réel « augmenté » ? Si le corps est à l’origine de la conscience et de l’intelligence, quelle forme prendra une intelligence artificielle libérée d’une corporalité traditionnelle ? Qui des organiques ou des numériques devra en fin de compte s’adapter à l’autre ? N’avons-nous pas déjà, comme les parents qui s’effacent au profit de leurs enfants, amorcé un processus dont la finalité est notre propre « désinvention » ? Sommes-nous seulement encore, ce que nous croyons être ?

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Bibliographie succincte :
Baron-Cohen (Simon), La cécité mentale: Un essai sur l'autisme et la théorie de l'esprit, 1998
Boyer (Pascal), Tradition As Truth And Communication : A Cognitive Description Of Traditional Discourse, 1990
Boyer (Pascal), Memory in Mind and Culture, 2009
Boyer (Pascal): Why Evolved Cognition Matters To Understanding Cultural Variation, Interdisciplinary Science Reviews 35(3-4):377-87, (décembre 2010)
Boyer (Pascal), Specialised Inference Engines As Precursors Of Creative Imagination?, Dans: Ilona Roth (Ed.), Imaginative Minds, London, British Academy, 2007, pp. 239-258
Boyer (Pascal), Clark Barrett, Evolved Intuitive Ontology: Integrating Neural,
Behavioral and Developmental Aspects of Domain-Specificity Dans : David Buss (Ed.), Handbook of Evolutionary Psychology, New York, Wiley, 2005
Boyer (Pascal), Evolution of the modern mind and the origins of culture: religious concepts as a limiting case, Dans : Peter Carruthers, Andrew Chamberlain (Eds.), Evolution and the Human Mind: Modularity, Language and Meta-Cognition, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, pp. 93 -112
Claverie (Bernard), Cognitique : Science et pratique des relations à la machine à penser, 2005
Cyrulnik (Boris), De chair et d'âme, Paris, Odile Jacob, 2006
Damasio (Antonio), L'erreur de Descartes : La raison des émotions, 2010
Dawkins (Richard), Le Gène égoïste, 2003
Dennett (Daniel), Sweet Dreams, 2005
Dennett (Daniel), La diversité des esprits: une approche de la conscience, 1998
Favret Saada (Jeanne), Les mots, la mort, les sorts, Paris, Gallimard, 1985
Felden (Marceau), Et si l'Homme était seul dans l'univers…?, Paris, Grasset, 1994
Gould (Stephen Jay), La vie est belle – Les surprises de l'évolution, 1991
Habermas (Jürgen), Theorie des kommunikativen Handelns, 1981, 2 volumes
Jouxtel (Pascal), Comment les sytèmes pondent – Une introduction à la mémétique, 2005
Knecht (Herbert H.), La Logique chez Leibniz: essai sur le rationalisme baroque, 1981
Minsky (Marvin), The Emotion Machine, 2007
Nikolic (Aleksandar ): Gottfried Wilhelm Leibniz et le système binaire, Review of Research, Faculté des sciences techniques, Université de Novi Sad, 1991, http://www.emis.de/journals/NSJOM/Papers/24_2/NSJOM_24_2_069_087.pdf
Rosset (Clément), Le principe de cruauté, 1988
Rosset (Clément), Le choix des mots, 1995
Rosset (Clément), L’Ecole du réel, 2008
Rosset (Clément), Le réel et son double : essai sur l’illusion, 1976
Shannon (Claude), Weaver (Warren), La théorie mathématique de la communication, 1975
Sperber (Dan), La Contagion des idées, Paris, 1996
Sperber (Dan), Le Savoir des anthropologues, 1982
Sperber (Dan), La Pertinence : communication et cognition, 1989
Sperber (Dan), Contre certains a priori anthropologiques, Dans : Edgar Morin and Massimo Piatelli-Palmarini (Eds.) L’Unité de l’Homme : Invariants Biologiques et Universaux Culturels, Paris, Le Seuil, 1974 pp. 491-512.
Thines (Georges), Phénoménologie et science du comportement, 1980
Varela (Francis), Autonomie et connaissance : essai sur le vivant, 1989
Wittgenstein (Ludwig), Philosophische Untersuchungen, 2003

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Annonce communication : Journée d’études « Cybercorporéités» (Université du Maine)

Image 2 Journée d'étude

Journée d’étude : “Corps virtuel / corps réel” ;
Université du Mans – 22 mai 2015

Image 1 Journée d'étude

Organisateurs :
Anne-Laure Fortin-Tournès (3L.AM, Université du Maine), Georges Letissier (CRINI, Université de Nantes) et Anaïs Guilet (NT2, Université du Québec à Montréal).

Cette journée d’études sera l’occasion de faire l’état des lieux des recherches les plus récentes concernant les représentations numériques du corps dans les formes de cultures et de savoirs contemporains. Elle permettra de poser la question centrale de la matérialité des nouvelles représentations virtuelles du corps, qui s’inscrit dans le cadre d’une réflexion plus vaste sur la place du corps au sein des Humanités numériques et des usages de plus en plus répandus des nouvelles technologies dans la culture, la société comme dans l’intimité. On se demandera, notamment, si le corps image que l’on voit à l’écran est le contraire du corps physique ou bien son envers, son double (ou son avatar), c’est-à-dire un corps possible mais en attente d’une actualisation que les formes culturelles contemporaines nous proposent tour à tour sous un angle menaçant (comme dans Videodrome de David Cronenberg) ou bien au contraire sous un angle plus séduisant (comme dans Her de Spike Jonze). A partir de cette réflexion sur le corps et ses nouvelles formes de représentations culturelles et sociales, nous nous pencherons sur les conséquences d’un éventuel retour du réel au sein des différents modes de corporéité numérique. Nous chercherons à savoir s’il est possible d’effectuer un déplacement épistémologique de la question de la réalité virtuelle, que la réflexion théorique mobilise de moins en moins, vers celle de la réalité de la matérialité du numérique et de passer, par conséquent, de la reproduction machinique de l’expérience d’une réalité, à une analyse des conséquences et des effets réels des représentations corporelle numériques. Dans ce cadre, nous nous proposerons d’examiner de manière critique l’idée que l’information peut circuler à travers différents media sans changer de nature, idée qui sous-tend une certaine vision du virtuel sans le corps. Nous tenterons ainsi de définir la notion même de cybercorporéités comme questionnement sur la possibilité d’un retour du réel du corps physique ou représenté dans le champ du numérique, en nous basant sur des formes de production culturelles et sociales contemporaines utilisant les nouvelles technologies comme outil et support.

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La guerre des 50 nuances de roses

Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite ou le résultat d’une mauvaise foi évidente de la part d’un lecteur mal intentionné.

Que Corneille et Turold me pardonnent pour les citations.

Il était une fois dans un beau palais, dans un pays lointain, un roi. Si le grand roi Ferdinand, dans son palais auguste, non moins que d’être grand, empressé d’être juste, fût simplement appelé « le Grand », ce roi-là avait tant de sobriquets qu’il serait bien fastidieux de tous les nommer. Celui qui néanmoins lui seyait le mieux était « Par défaut ». Candidat par défaut, roi par défaut, François avait profité pour se hisser au sommet du pouvoir autant de la chute de son ainé, que le sybaritisme avait entrainé par les fonds, que de la disgrâce de son prédécesseur. Depuis, il n’avait cessé de perdre. Sa fragile crédibilité d’abord, toutes les élections ensuite. Son camp s’épuisait en querelles et motions, ses maigres troupes démotivées désertaient par centaines et le lointain souvenir qui faisait office de trésor du royaume était si vide à présent qu’il eût fait pâlir de jalousie le tonneau des Danaïdes.

C’était au soir d’une de ses nombreuses défaites que son ministre vint le quérir pour lui porter les nouvelles de ce peuple qu’il évitait soigneusement désormais, lui préférant la mécanique subtile et docile des moteurs « deux temps ». Sans surprise, Don Manuel de V. trouva ainsi son suzerain affairé à régler le carburateur de « Discret », son préféré, un 49cm3 devant qui les troubadours s’exclamaient : Cum ies cler et blanc ! Cuntre soleil si reluis et reflambes !

Le roi sans tourner la tête:

Ah ! Mon bon Manuel… quelles nouvelles ? Est-ce une défaite ?

Don Manuel:

Non sire, c’est une déroute, une branlée, une débâcle, une raclée, une déculottée, une rossée, … bref une veste monumentale et je conseille la fuite à Varennes sur le champ.

Le roi : Mais ignorez-vous, mon bon ministre, que la Meuse est à 76% à droite ?

Don Manuel : Alors, nous n’avons plus guère le choix… il faut dissoudre la France !

Le roi : N’est-ce pas ce que nous faisons depuis 2012 ? Et pourtant, nous ne sommes à ce jour parvenus qu’à dissoudre la gauche. Non, mon bon ministre, il nous faut trouver autre chose.

Don Manuel : Alors blâmons le FN !

Le roi : C’est inutile, ils ne font plus peur à personne… Le filon est épuisé, je le crains. La dynastie des Le Pen s’engaillardit de jour en jour et chasse désormais sur nos terres à visage découvert!

Don Manuel : Invoquons la crise! La faute de la droite! Conspuons les frondeurs! Pointons du doigt l’abstentionisme toujours vainqueur!

Le roi lève la tête agacé : Billevesées et coquecigrues que tout cela. Personne ne nous écoute plus.

Don Manuel : Alors… Alors, mais oui !…Bien sûr ! Alors faisons de même ! Oublions l’avis de ce peuple qui gronde et qui ne comprend pas notre génie ! Faisons fi de sa rogne et continuons dans cette voie tortueuse et changeante qui est la nôtre. Campons sur nos positions à géométrie variable! Sonnons l’olifant muet !

Le roi : Voilà enfin des paroles sensées !

Don Manuel : Quand il n’y a pas de solution, c’est qu’il ne doit pas y avoir de problème.

Le roi : Comme tu es savant, mon bon ministre !

Don Manuel en faisant une révérence : Sa majesté est trop bonne.

tout bas à lui-même : Ah, le fat ! Ce barbon ne perd rien pour attendre ! Ton impudence, Téméraire vieillard, aura sa récompense…

Se relève en souriant : Si nous parlions maintenant de votre victoire écrasante en 2017 ? Je vous voyais défiler le long de l’avenue des Champs-Élysée sur un char tiré par deux chevaux, tout d’or drapé, une rose à la bouche et couronné de lauriers, le peuple acclamant votre victoire historique les larmes aux yeux et leur feuille d’imposition à la mains…

Le roi inspectant le moteur sur son bureau : Ne faut-il pas songer d’abord à un programme ?

Don Manuel : Nous n’en avions guère en 2012 et nous ne l’avons de toute façon pas respecté depuis. Alors à quoi bon ? Non, ne changeons pas une méthode qui marche : nous promettrons tout et le moment venu, nous ne ferons rien ou son contraire. Ainsi, nous rejetterons la faute sur le candidat pour absoudre le roi.

Le roi : Voilà qui me sied ! Dans « l’exercice du pouvoir », il faut savoir éviter l’exercice et garder le pouvoir. Sur ce, faites donc seller ma fidèle mobylette, j’aimerais aller chanter la sérénade à quelques belles et « Discret » a besoin de mouvement… j’ai des fourmis dans mon scooter !

Le roi quitte la pièce.

Don Manuel  se tournant vers le balcon : Tout autre que moi
Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d’effroi.
Les palmes dont je vois ta tête si couverte
Semblent porter écrit le destin de ma perte.
J’attaque en téméraire un bras toujours vainqueur ;
Mais j’aurai trop de force, ayant assez de cœur.

J’attends que mon tour vienne, sache que Marianne est mienne…

Disparaît dans l’ombre en riant

Sous les fenêtres, on aperçoit un joueur de pipeau qui danse autour d’un feu comme s’il était possédé par le démon. C’est le petit Nicolas, le roi déchu, qui attend son (re)tour en immolant une statuette de François le Sarthois… au loin une blonde, toute de bleu vêtue, les yeux injectés de sang, les babines retroussées et le couteau à la main, cherche désespérément à faire taire son père qui piétine en vociférant ses châteaux de cartes.

Il est minuit, braves gens, et tout va bien.

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