La guerre des 50 nuances de roses

Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite ou le résultat d’une mauvaise foi évidente de la part d’un lecteur mal intentionné.

Que Corneille et Turold me pardonnent pour les citations.

Il était une fois dans un beau palais, dans un pays lointain, un roi. Si le grand roi Ferdinand, dans son palais auguste, non moins que d’être grand, empressé d’être juste, fût simplement appelé « le Grand », ce roi-là avait tant de sobriquets qu’il serait bien fastidieux de tous les nommer. Celui qui néanmoins lui seyait le mieux était « Par défaut ». Candidat par défaut, roi par défaut, François avait profité pour se hisser au sommet du pouvoir autant de la chute de son ainé, que le sybaritisme avait entrainé par les fonds, que de la disgrâce de son prédécesseur. Depuis, il n’avait cessé de perdre. Sa fragile crédibilité d’abord, toutes les élections ensuite. Son camp s’épuisait en querelles et motions, ses maigres troupes démotivées désertaient par centaines et le lointain souvenir qui faisait office de trésor du royaume était si vide à présent qu’il eût fait pâlir de jalousie le tonneau des Danaïdes.

C’était au soir d’une de ses nombreuses défaites que son ministre vint le quérir pour lui porter les nouvelles de ce peuple qu’il évitait soigneusement désormais, lui préférant la mécanique subtile et docile des moteurs « deux temps ». Sans surprise, Don Manuel de V. trouva ainsi son suzerain affairé à régler le carburateur de « Discret », son préféré, un 49cm3 devant qui les troubadours s’exclamaient : Cum ies cler et blanc ! Cuntre soleil si reluis et reflambes !

Le roi sans tourner la tête:

Ah ! Mon bon Manuel… quelles nouvelles ? Est-ce une défaite ?

Don Manuel:

Non sire, c’est une déroute, une branlée, une débâcle, une raclée, une déculottée, une rossée, … bref une veste monumentale et je conseille la fuite à Varennes sur le champ.

Le roi : Mais ignorez-vous, mon bon ministre, que la Meuse est à 76% à droite ?

Don Manuel : Alors, nous n’avons plus guère le choix… il faut dissoudre la France !

Le roi : N’est-ce pas ce que nous faisons depuis 2012 ? Et pourtant, nous ne sommes à ce jour parvenus qu’à dissoudre la gauche. Non, mon bon ministre, il nous faut trouver autre chose.

Don Manuel : Alors blâmons le FN !

Le roi : C’est inutile, ils ne font plus peur à personne… Le filon est épuisé, je le crains. La dynastie des Le Pen s’engaillardit de jour en jour et chasse désormais sur nos terres à visage découvert!

Don Manuel : Invoquons la crise! La faute de la droite! Conspuons les frondeurs! Pointons du doigt l’abstentionisme toujours vainqueur!

Le roi lève la tête agacé : Billevesées et coquecigrues que tout cela. Personne ne nous écoute plus.

Don Manuel : Alors… Alors, mais oui !…Bien sûr ! Alors faisons de même ! Oublions l’avis de ce peuple qui gronde et qui ne comprend pas notre génie ! Faisons fi de sa rogne et continuons dans cette voie tortueuse et changeante qui est la nôtre. Campons sur nos positions à géométrie variable! Sonnons l’olifant muet !

Le roi : Voilà enfin des paroles sensées !

Don Manuel : Quand il n’y a pas de solution, c’est qu’il ne doit pas y avoir de problème.

Le roi : Comme tu es savant, mon bon ministre !

Don Manuel en faisant une révérence : Sa majesté est trop bonne.

tout bas à lui-même : Ah, le fat ! Ce barbon ne perd rien pour attendre ! Ton impudence, Téméraire vieillard, aura sa récompense…

Se relève en souriant : Si nous parlions maintenant de votre victoire écrasante en 2017 ? Je vous voyais défiler le long de l’avenue des Champs-Élysée sur un char tiré par deux chevaux, tout d’or drapé, une rose à la bouche et couronné de lauriers, le peuple acclamant votre victoire historique les larmes aux yeux et leur feuille d’imposition à la mains…

Le roi inspectant le moteur sur son bureau : Ne faut-il pas songer d’abord à un programme ?

Don Manuel : Nous n’en avions guère en 2012 et nous ne l’avons de toute façon pas respecté depuis. Alors à quoi bon ? Non, ne changeons pas une méthode qui marche : nous promettrons tout et le moment venu, nous ne ferons rien ou son contraire. Ainsi, nous rejetterons la faute sur le candidat pour absoudre le roi.

Le roi : Voilà qui me sied ! Dans « l’exercice du pouvoir », il faut savoir éviter l’exercice et garder le pouvoir. Sur ce, faites donc seller ma fidèle mobylette, j’aimerais aller chanter la sérénade à quelques belles et « Discret » a besoin de mouvement… j’ai des fourmis dans mon scooter !

Le roi quitte la pièce.

Don Manuel  se tournant vers le balcon : Tout autre que moi
Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d’effroi.
Les palmes dont je vois ta tête si couverte
Semblent porter écrit le destin de ma perte.
J’attaque en téméraire un bras toujours vainqueur ;
Mais j’aurai trop de force, ayant assez de cœur.

J’attends que mon tour vienne, sache que Marianne est mienne…

Disparaît dans l’ombre en riant

Sous les fenêtres, on aperçoit un joueur de pipeau qui danse autour d’un feu comme s’il était possédé par le démon. C’est le petit Nicolas, le roi déchu, qui attend son (re)tour en immolant une statuette de François le Sarthois… au loin une blonde, toute de bleu vêtue, les yeux injectés de sang, les babines retroussées et le couteau à la main, cherche désespérément à faire taire son père qui piétine en vociférant ses châteaux de cartes.

Il est minuit, braves gens, et tout va bien.

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Classé dans La chronique du bocal à cornichons

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