La politique de la terre brûlée

ReformePeda

Jules César décrit dans De bello gallico ( Commentaires sur la Guerre des Gaules) la stratégie étonnante et fort coûteuse de Vercingétorix qui, suite à la défaite de Noviodunum, décide de brûler vingt villes des Bituriges pour couper le ravitaillement des Romains. Était née la tactique de la terre brûlée construite sur cette idée simple qu’il vaut mieux détruire ce que l’on a que d’en laisser profiter l’ennemi.

Le Parti socialiste aux abois, après avoir copieusement trahi ses électeurs historiques un par un, essoufflé par un manque chronique d’idées constructives, incapable de construire des réformes économiques viables et embourbé dans des affaires d’abus de biens sociaux et de recasage de copains fraudeurs qui laissent songeur quant à la République « irréprochable » annoncée, a décidé de frapper fort en deux temps.

Le premier temps, c’est celui de l’insulte, de l’émotionnel, de l’outrance et de l’autoflagellation pathologique. Un premier ministre, par exemple, qui se donne beaucoup de mal pour jouer le « révolté », défenseur du bien et de la veuve orpheline face à des propos « très graves » du vilain philosophe Michel Onfray, mais que ce dernier n’a de fait jamais tenus. Le duel fut perdu et le ministre, aveuglé par sa rage incontrôlable, prit par le loquace penseur un soufflet mémorable et mérité. Pendant ce temps, la ministre de l’Éducation Nationale insultait joyeusement toutes les personnes ne partageant pas son point de vue de « pseudo-intellectuels » dans un rire aussi crispant que le raclement strident d’une foreuse dentaire. Merci pour ces grands moments de politique.

Le PS, notre président volage et son équipe de « Hollandettes » réhabilitent tour à tour le « super-menteur » Chirac et l’omniprésent Sarkozy.

Le deuxième temps est d’assurer le retour des socialistes au pouvoir en…  2033 (le temps que les Français oublient) par l’élimination systématique de toute personne douée de culture générale et d’esprit critique. Et pour cela, il fallait une réforme de …*roulements de tambour*… l’Éducation Nationale. Ça va brûler sec, on vous dit.

Cette réforme, il fallait que les enseignants, les classes moyennes et populaires et leurs enfants qui réussissent à l’école aussi par la même occasion, la subissent comme un suppositoire au gravier, car s’ils n’avaient pas voté pour Hollande, jamais le PS n’aurait eut l’occasion de montrer l’étendue de son incompétence et ne serait donc pas dans cet état de délabrement. CQFD.

L’ascenseur social ne doit plus être scolaire, il doit se faire par l’adhésion au parti et à la bonne motion.

C’est beau l’équité.

Pour accomplir cette tâche funeste de transformation de matière grise en air chaud, il ne fallait rien de moins qu’une ministre placée là selon la loi empirique de Peter et Hull.

Pourtant l’Éducation Nationale est en soi un fidèle bastion de la gauche (moins du PS, il est vrai) et la rue de Grenelle impose tranquillement que ce soit à droite ou à gauche depuis quarante ans la même soupe parfumée aux extraits de Pierre Bourdieu qui infuse là joyeusement comme un vulgaire sachet de camomille dans un bol d’eau tiède.

Tout ce qui dépasse est tronçonné. Tout ce qui marche est condamné. Ne doit rester qu’une insipide médiocrité faite d’efforts minimums, d’absence d’esprit critique et de paresse intellectuelle.

L’interdisciplinarité est encouragée, au détriment des fondamentaux, sans lesquels pourtant l’interdisciplinaire n’est qu’une coquille vide. Tout doit être réduit à des principes simples et digestes qui rendent impossible l’appréhension de la réalité dans sa complexité et ses nuances.

L’égalité est invoquée alors que l’on crée toujours plus d’inégalité. Bref, vaste enfumage idéologique que tout cela.

Mais si la stratégie de la terre intellectuelle brûlée porte ses fruits, alors il n’y aura plus personne en 2033 qui ne puisse lire un texte de trois lignes sans avoir mal à la tête, plus personne qui ne connaisse les Lumières et les grands penseurs, tout le monde aura oublié notre histoire, mais, dans un même temps, personne ne pourra plus se plaindre, faute de manier ne serait-ce qu’une seule langue, même appauvrie, correctement ou de vérifier les chiffres du chômage, faute d’avoir assez de doigts.

C’est la naissance de l’électeur idéal en somme.

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Classé dans La chronique du bocal à cornichons

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