Le roi est mort, vive le roi

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Tsipras a démissionné.

Ouf! Mais qui sera l’héritier? Tsipras.

Comment ? Tout cela ne serait qu’une manœuvre ?

Probablement. Et cela démontre à merveille une règle fondamentale de la politique : la fin justifie les moyens. Tsipras a été élu en promettant, pour faire simple, que l’Europe en général et les Allemands en particulier porteraient sur leurs épaules le poids considérable de la gestion calamiteuse, de la corruption et de la fraude fiscale grecques. Sans naturellement pour autant s’attaquer ni à la gestion calamiteuse, ni à la corruption et encore moins à la fraude fiscale. L’idée étant de continuer à pulvériser joyeusement les sous des autres. La preuve que cette position est délibérée se voit dans des détails techniques comme le refus grec de coopérer avec les institutions suisses qui, pourtant, avaient proposé leur soutien pour récupérer des sommes conséquentes issues de l’évasion fiscale.

Mais voilà, les autres ne veulent pas et ce n’est pas gentil de leur part. Toutes les gauches et droites radicales d’Europe tombent depuis comme un seul homme sur l’Allemagne. Certains n’hésitent pas à faire exploser le score en points Godwin comparant Merkel à un chef de camp de concentration envoyant les pauvres grecs à la chambre à gaz. Tout en nuance. 

La communication grecque, elle, est un théâtre de la surenchère. « C’est la démocratie qu’on assassine! » hurlent alors ceux qui voient dans cette pathétique pièce mi-comédie mi-mélodrame un excellent moyen pour cacher leur propre envie de ne pas devoir prendre de responsabilité. En effet, les Grecs ont voté. Certes, ils sont souverains chez eux. Mais en quoi le vote grec est-il censé avoir une priorité sur les décisions et budgets des autres pays? Si en France, nous votons pour que les Américains aient désormais l’obligation de nous verser une rente annuelle en dollars équivalente au déficit de notre pays pour nous éviter de devoir changer notre mode de fonctionnement, je ne suis pas sûr qu’Obama se sente vraiment concerné par cette décision pourtant démocratique. 

Mais revenons à la probable réélection de Tsipras.

Ce qui est important pour être élu dans un pays qui souffre d’une crise, c’est de promettre sans aucune retenue tout et n’importe quoi. Plus c’est gros et plus cela a une chance de passer. Et ça, Tsipras sait faire.

En France, nous fonctionnons de la même manière, me direz-vous. Il n’est, en ce sens, pas anodin de voir Varoufakis invité à la fête de la rose. On construit des coalitions sans queue ni tête, on promet le paradis, on dénonce les autres qui sont vilains et ensuite, une fois élu, on passe en mode extrapunitif pathologique pour ensuite, au mieux nous expliquer que tout est de la faute des autres et que du coup on ne fait rien (J’aimerais bien, mais j’peux point!), au pire, on dénonce toujours les autres et on fait n’importe quoi.  Hollande a lui aussi certainement pensé à appliquer la stratégie Tsipras de reconquête, rejoignant ainsi la stratégie peu convaincante de Chirac en 1997.

Pendant ce temps, Tsipras raconte n’importe quoi en permanence : il dit blanc aux uns, il dit noir aux autres et si l’un des deux fait un compromis, il dira oui puis non et fera le contraire. Le problème, c’est qu’il semble pourtant être le candidat le moins déraisonnable du lot, ce qui est assez inquiétant pour l’avenir et en dit long sur le cynisme ambiant. L’Europe aurait donc tout intérêt à voir Tsipras réélu si elle ne veut pas à nouveau perdre un temps précieux et des sommes conséquentes pour cause de menace de Grexit, de hurlements rageurs et de psychodrames orchestrés. L’Europe se retrouve dans la position des parents désemparés par les hurlements de leur enfant se roulant par terre au milieu du magasin. Faut-il céder aux caprices et acheter le jouet en sachant qu’ainsi, on crée un précédent qui risque de rendre la méthode chronique? Ou faut-il se montrer ferme au risque de passer pour un sans-cœur ?

La Suède, le Danemark ou l’Allemagne ont traversé des crises profondes et fait d’importants sacrifices qui aujourd’hui portent leurs fruits. Reculer une réforme indispensable ne la rend que plus douloureuse et plus difficile à appliquer.

Mais la difficulté que rencontre l’ex-Troika dans l’application des réformes engagées est également d’ordre linguistique et économique. Linguistique parce que personne ou presque au FMI et dans la commission ne parle grec. Ce qui veut dire que seule une minorité lit les journaux et est capable de prendre la température du pays. C’est ce qui explique aussi en partie que la Grèce ait pu naviguer toutes voiles dehors en direction du défaut de paiement sans que personne ne tire la sonnette d’alarme. Les responsables grecs sont d’ailleurs tout à fait conscients de ce rideau de protection opaque et en profitent pleinement quand il s’agit d’éviter l’application de directives jugées déplaisantes. Il est ainsi d’une simplicité déconcertante d’introduire une clause par-ci par-là pour rendre inopérant tout un projet de réformes en faisant mine de l’appliquer.

Le temps que les responsables étrangers découvrent le pot aux roses, il sera trop tard et la réforme n’aura en effet servi à rien.

La deuxième difficulté est économique. En ce qui concerne la stabilisation du secteur bancaire ou des finances publiques, le FMI et la banque centrale européenne possèdent une armée d’experts. La macroéconomie est la force de ces instituts, leur véritable terrain de chasse. Mais les vraies réformes ne sont pas d’ordre macroéconomique, mais presque microéconomique. 

À titre d’exemple, c’est le marché du travail qu’il faut réformer, les heures d’ouverture de telle ou telle branche qu’il faut libéraliser, il faut combattre le trafic de cigarettes et de carburant, revoir la formation professionnelle au sein des entreprises et moderniser le Code du travail. Tout cela ne faisant pas partie du domaine d’expertise des organismes chargés de faire appliquer les réformes. En revanche, l’OCDE, elle, aurait les compétences requises et pourrait, pourquoi pas, avoir recourt au soutien de la banque mondiale qui fournit ce genre de services au FMI quand il s’agit d’intervenir dans des pays en développement.

Malheureusement, il parait peu probable que la situation évolue en ce sens. De toute manière, que Tsipras soit réélu ou non, il n’est pas certain que le nouveau gouvernement se souvienne des engagements pris par son prédécesseur. 

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Classé dans La chronique du bocal à cornichons

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