Archives mensuelles : novembre 2015

Onfray ou les errances médiatiques d’un philosophe à genoux

cornichondor

 

 

 

Il existe un certain nombre de philosophes que j’aime particulièrement. Pour n’en citer que quelques-uns : Démocrite, Holbach, Kant, Rosset, Dennett, Schopenhauer, Wittgenstein, Nietzsche et tout particulièrement Spinoza.

S’il est un philosophe qui devrait servir de modèle, à mes yeux, c’est bien Spinoza. Tout d’abord parce qu’il  révolutionna la philosophie et rendit possible par son intelligence la naissance des Lumières radicales. (Si je peux donner un conseil de lecture : plongez-vous dans les travaux de Jonathan Israel sur Spinoza.)

Ensuite, parce que Spinoza fit le choix de mourir isolé avec comme seul soutien un médecin venu d’Amsterdam pour que personne ne puisse après sa mort prétendre qu’il avait renoncé à ses idées sur son lit de mort, comme ce fut le cas pour bon nombre de philosophes. L’Église s’était fait une spécialité d’attendre la mort imminente d’un philosophe déplaisant pour venir comme le vautour affamé se nourrir de la peur et de la douleur du mourant. Spinoza était modeste, brillant et droit jusqu’au bout.

Et puis il y a des philosophes comme Michel Onfray. J’ai beaucoup lu Onfray et si je ne partage pas toujours ses idées, j’avais le plus grand respect pour sa force de travail, son engagement de philosophe athée, atypique et populaire loin des cercles parisiens.

Mais voilà, Onfray a fait du « politiquement incorrect » son fonds de commerce. Tant et si bien qu’il a fini par s’égarer complètement dans les abimes de la contradiction automatisée qui ne brille que par le raccourci et l’approximation. L’important n’est plus ce qui est dit, l’important, c’est d’avoir une occasion médiatisée de dire quelque chose. Même si ce quelque chose est indécent et inepte.

En un mouvement, un seul, Onfray fait de Daesh le représentant de tous les musulmans (qui a dit amalgame ?), rend responsable l’Occident du terrorisme et propose comme solution la capitulation. Abu Bakr al-Baghdadi en a rêvé, Onfray l’a fait. Car, oui, Onfray reprend mot pour mot la propagande de Daesh leur faisant ainsi un merveilleux cadeau de communication. Mais Onfray, en grand géostratège, historien et spécialiste de l’Islam, va plus loin. Car pour défendre la paix, nous dit-il en substance, et puisque c’est notre faute, il faut simplement arrêter de bombarder Daesh et tout ira bien.

« Est-ce qu’il n’y a pas des chancelleries, des diplomaties, des pays avec lesquels on pourrait envisager autre chose que bombarder l’Etat islamique ?  » nous demande-t-il. Si, certainement. Uniquement des gens éclairés et sympathiques. Même l’Arabie Saoudite commence à attraper froid aux pieds, c’est dire.

Quoi de plus logique que de laisser grossir encore plus un monstre qui est à nos portes ? Laissons-lui la possibilité de se faire une vraie santé et de mettre la main sur des réserves inépuisables de pétrole. Daesh a encore tellement de monde à massacrer et de trésors de l’humanité à anéantir qu’il manque presque de temps pour tuer des gens chez nous. Mettons dans un sac les terroristes et tous les musulmans par la même occasion. Surtout, il est important de ne pas venir en aide à tous ces intellectuels qui risquent leur vie, nous pourrions contrarier Daesh.

Il me vient à l’esprit une citation de Churchill  (« The sequel to the sacrifice of honour would be the sacrifice of lives, our people’s lives. ») pour l’occasion.

Non, la « pensée » douillette, confortable et bien nourrie d’un philosophe hédoniste n’est finalement ni courageuse, ni grande, ni inspirante. Pour reprendre les mots d’Onfray :« Mon travail de philosophe consiste à mettre en perspective les choses. » C’est malheureusement chose faite.

 

 

 

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De la bonne lecture d’un texte

« Canons : Règles et décisions par lesquelles des évêques assemblés en concile fixent, jusqu’à nouvel ordre, les dogmes invariables de la foi, la discipline de l’Église, expliquent et corrigent la parole de Dieu, se font des titres et des droits incontestables, anathématisent tous ceux qui oseraient en douter, et se font obéir avec succès quand les canons des princes viennent à l’appui des canons de l’Église. »

Paul Henri Thiry d’Holbach (1723-1789)

 

 

Asharf Fayadh va mourir. Ce poète de 35 ans est accusé de « propagande athée et de blasphème ».

Car en Arabie Saoudite, le « Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice », tout un programme, veille et fait respecter un système judiciaire fondé sur la charia. Les juges sont des religieux wahhabites pour qui le blasphème et le renoncement à la foi musulmane sont des crimes passibles de la peine de mort.

Qu’a-t-il fait exactement ? Eh bien, un délateur l’aurait entendu maudire Allah et Mahommed. Fait aggravant, le comité n’aime pas non plus la poésie. Ce n’est pas encore de la musique, qui selon l’imam de Brest est l’œuvre du diable, mais c’est déjà pas mal sulfureux. La condamnation à mort est une habitude au pays de la Mecque, puisque selon Amnesty International, nous aurions franchi à ce jour la barre des 150 décapitations uniquement pour l’année 2015.

Tout cela n’ayant naturellement rien à voir avec l’Islam. Daesh n’a rien à voir avec l’Islam, l’Arabie Saoudite n’a rien à voir avec l’Islam, le Qatar n’a rien à voir avec l’Islam, les attentats de Paris n’ont rien à voir avec l’Islam, Boko Haram n’a rien à voir avec l’Islam, Al Qaida n’a rien à voir avec l’Islam, les attentats contre Charlie et l’Hyper Cacher n’ont rien à voir avec l’Islam… pour peu, on serait tenté de dire que l’Islam n’a rien à voir avec l’Islam.

Mais c’est évident pourtant : il ne s’agit pas d’Islam, mais d’Islamisme ! Ahhh bon… donc, l’Arabie Saoudite à qui nous venons de vendre cette année des armes pour 11 milliards d’euros et le Qatar à qui nous avons vendu des Rafales pour 6 milliards d’euros (et le PSG) sont en fait des islamistes, c’est bien cela ? Oui, euh, non enfin si, mais pas vraiment…

Et là, légitimement, certains diront : ce n’est pas MON Islam.

Ils auront raison de souligner le possessif. Je dirais même que seul ce possessif permet de sortir de l’impasse dans laquelle nous ont mis les intégristes et un grand nombre de médias, d’intellectuels et de politiciens. Il faut sortir du réflexe de l’autodéfense pour passer à l’autocritique. Rien ne sert de demander aux musulmans de s’excuser collectivement pour un crime qu’ils n’ont pas commis. C’est idiot et néfaste même. Rien ne sert non plus de hurler à l’islamophobie pour un oui ou pour un non. Comme le disait déjà l’islamologue allemand Reinhard Schulze en janvier dans un entretien publié dans le journal suisse le Temps :

« Pour moi, la question centrale dans tout cela est: est-ce l’islam qui fabrique les croyants, ou sont-ce les croyants qui fabriquent l’islam? Si l’on tient la première proposition pour vraie, alors il faut doter l’islam de dogmes indestructibles, qui répondront de tous les actes des musulmans. Si c’est la deuxième qui est vraie, ce que je crois bien sûr, alors ce sont les croyants qui doivent en répondre. L’islam est sous leur responsabilité. »

Ce qu’il faut donc désormais, c’est lire ensemble. Mais comment fait-on pour bien lire ?

Tariq Ramadan disait à Eric Zemmour en 2009 dans l’émission « On n’est pas couché » la chose suivante :

« J’ai une méthodologie qui consiste à citer les textes, parce que vous savez, quand vous êtes dans l’ordre de la foi et de la transcendance, vous prenez les textes au sérieux. C’est-à-dire que vous êtes dans un rapport avec le divin, avec une spiritualité, après il n’y a pas de foi sans intelligence, l’intelligence va se mettre en fonction et interpréter les textes. Et moi, c’est ce que je fais, je cite les textes, je dis : voilà quelles sont les interprétations historiques et je donne mon interprétation pour aujourd’hui. »

À première vue, cela paraît donc tout simple : on prend un texte, on le prend au sérieux, on le lit dans son contexte historique et ensuite, on interprète le texte à travers le prisme de notre époque. C’est en substance ce que disait déjà le théologien protestant Johann Ernst Christian Schmidt en 1797 dans son introduction à son ouvrage « Kritik und Exegese des neuen Testaments und älteste Christengeschichte. » Schmidt soulignait alors l’importance de la lecture historique s’appuyant ainsi sur la méthode de lecture inspirée par des théologiens comme Johann Lorenz Mosheim.

Intervient alors la question de l’intelligence. Qu’est-ce que l’intelligence exactement ? Vaste sujet. À moins de développer une méthodologie spécifique de mesure de l’intelligence liée à l’interprétation d’un texte religieux sur des critères objectifs, il faudra admettre que toute personne ayant la capacité de lire et de comprendre un texte possède les outils cognitifs nécessaires. John R. Kirby écrit dans son article « Qu’avons-nous appris sur la compréhension de textes ? »  : « il est important de reconnaître différents degrés ou niveaux de compréhension. J’en distingue trois : la compréhension passive (ce que nous faisons lorsque nous suivons un texte sans l’analyser ou l’évaluer en profondeur), la compréhension d’apprentissage (ce que nous faisons lorsque nous essayons de nous rappeler des détails ou de comprendre la signification profonde d’un texte) et la compréhension autodirigée (ce que nous faisons lorsque nous utilisons un texte pour atteindre nos propres objectifs). Le degré de compréhension d’un lecteur dépendra de ses capacités, de son intention et de l’enseignement reçu.  »

Le problème qu’il faut souligner avec les textes religieux, c’est l’absence de critères objectifs pour l’interprétation, puisque la lecture dépend uniquement de nos propres convictions. On me répondra que si un grand nombre de théologiens de renom interprètent un texte et se mettent d’accord sur le sens du passage en question, alors il pourra être admis que cette interprétation est la « bonne ». Ce à quoi je répondrais que si c’était aussi simple, nous n’aurions jamais brûlé des gens pour sorcellerie, jamais expliqué l’impossibilité du modèle atomique par la transsubstantiation, jamais prétendu que la terre n’a que 6000 ans et jamais prétendu que nous descendons tous d’Adam et Ève. Car comme le disait déjà si bien le baron d’Holbach dans sa Théologie portative  : « Doctrine : C’est ce que tout bon chrétien doit croire, sous peine d’être brûlé, soit dans ce monde soit dans l’autre. Les dogmes de la religion sont des décrets immuables de Dieu qui ne peut changer d’avis que quand l’Église en change. »

Il nous resterait alors pour lire les textes qu’une seule et unique option, celle de les prendre au pied de la lettre et c’est exactement ce que font les rigoristes. Ils lisent le texte de manière littérale en expliquant que, s’agissant d’un texte d’inspiration prétendument divine, l’homme n’a pas besoin d’interpréter, il lui suffit de croire. Mais voilà, les textes en question n’ont aucune valeur historique puisqu’ils ont souvent été rédigés à partir de sources orales plusieurs décennies voire plusieurs siècles après la prétendue révélation divine. Ce qui veut dire qu’à moins de découvrir un texte qui serait indiscutablement rédigé par un dieu, sans intermédiaire, et sur un support non périssable, nul texte sur terre ne peut être considéré comme d’origine divine et donc lu comme tel.

Il est de fait aussi vain de vouloir prouver l’existence ou l’inexistence de Dieu que de chercher la « bonne » interprétation d’un texte religieux.

C’est pour cette raison qu’il ne sert à rien de dire « ce n’est pas ça le vrai Islam » tout en continuant à se référer au même corpus que les radicaux. Car dès lors que l’on admet qu’il y a  des « principes éternels » et une  « loi divine intangible et indiscutable » qui échapperait à toute critique, on ne peut que renforcer un rigorisme conquérant qui rend la ligne entre le pieu pacifique et le terroriste en puissance aussi floue que mouvante.

En revanche, il serait salvateur pour tous ceux qui effectivement ne se reconnaissent pas dans la vision rigoriste de l’Islam de définir clairement ce qui mériterait d’être évacué et ce qui mériterait d’être gardé.

La paix est à ce prix là.

 

 

 

 

 

 

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Neque ignorare medicum oportet quæ sit ægri natura (Le médecin ne peut ignorer la nature de la maladie)

Plus de 129 morts et 330 blessés.

Un vendredi soir, en plein Paris, 129 personnes ont été tuées comme ça, pour rien. 2015 est une année sanglante pour la France et les 129 anonymes pris pour cible viennent alourdir à leur tour le terrible bilan commencé avec les attentats de Charlie. Aujourd’hui, comme en janvier, nous pleurons nos concitoyens lâchement massacrés. La gorge nouée et la rage au ventre. Impuissants spectateurs d’une horreur sans nom.

Nous sommes en guerre nous dit-on… tiens donc, comme si nous ne le savions pas déjà. Le problème reste celui de définir contre qui exactement. Daesh, bien sûr. Ce qui permet aux fins analystes du NPA de se fendre d’une logorrhée inepte contre le capitalisme. Le terrorisme est une histoire de pétrole et de méchantes multinationales. La France, impérialiste naturellement, bombarde la Syrie et donc Daesh organise des attentats. C’est normal, voyons.

Voilà ce qui illustre en un seul communiqué construit à partir d’une grille de lecture du XIXe siècle revue à la sauce 68 et saupoudrée du relativisme pathologique dont fait preuve une partie de la classe politique la raison pour laquelle nous ne parviendrons pas à nous attaquer aux problèmes qui menacent notre patrie, notre manière de vivre et nos libertés. Nous sommes en guerre, mais ce n’est pas une guerre entre deux états, ce n’est pas une guerre pour le pétrole, c’est une guerre de religion (au singulier). Il suffit de lire le communiqué de Daesh concernant les attentats de Paris.

C’est ce que je vais d’ailleurs faire, tellement il me semble vain de réécrire ce que j’avais déjà couché sur le papier en janvier (ici, ici et surtout). Je n’ai pas d’autres armes que mon clavier d’ordinateur et pas d’autre moyen de me libérer de cette rage et de cette douleur sourde que celui d’écrire, d’analyser pour essayer de comprendre.

Daesh possède une réserve presque inépuisable d’hommes, bien plus qu’Al-Qaida sa principale rivale, et peut se permettre de sacrifier une partie de ses effectifs dans des attaques suicides. Si l’État islamique l’emporte en Syrie, cela ne fera qu’engraisser davantage ce monstre de haine déjà obèse.

Les moyens engagés par Daesh en Europe sont relativement faibles, les recrutements aisés et les résultats importants. Daesh maîtrise à la perfection la communication de l’abomination et la diffusion de la peur. Tout, de fait, laisse à penser que nous ne sommes qu’au début de la terreur. Le monde de Daesh, comme celui des Nazi, est fait du culte de la mort, du fantasme de l’apocalypse, de la jouissance par la souffrance des autres, d’un besoin de pouvoir pathologique et d’une haine tenace et inébranlable pour le reste de l’humanité.

Mais tout cela n’est pas nouveau. En revanche, ce qui m’interpelle tout particulièrement dans le dernier communiqué, c’est la citation extraite du Coran.

Il s’agit de la sourate 59 verset 2 dite Al-Hashr (l’exode). Selon Al-Bukhari et Muslim, cette sourate daterait de la bataille contre la tribu juive des Banu An-Nadir, donc de la période de Médine aux alentours de 626. Je commencerai par citer le passage (en gras) utilisé par Daesh avant de le remettre dans le contexte :

C’est Lui qui a expulsé de leurs maisons, ceux parmi les gens du Livre qui ne croyaient pas, lors du premier exode. Vous ne pensiez pas qu’ils partiraient, et ils pensaient qu’en vérité leurs forteresses les défendraient contre Allah. Mais Allah est venu à eux par où ils ne s’attendaient point, et a lancé la terreur dans leurs coeurs. Ils démolissaient leurs maisons de leurs propres mains, autant que des mains des croyants. Tirez-en une leçon, ô vous êtes doués de clairvoyance.

Comme d’habitude dans l’interprétation du texte, il faudrait citer le premier verset, mais celui-ci n’est qu’une louange à dieu sans intérêt pour l’interprétation du corpus. Dans le contexte historique, la tribu des Banu An-Nadir, plus forte culturellement et militairement, est battue par l’armée de Mahommed et expulsée du territoire de Médine.

Alors, on pourrait se satisfaire de dire qu’il y a là une fausse interprétation du texte en expliquant qu’il s’agit donc uniquement d’une expulsion et non d’un massacre, mais ce serait trop simple. En effet, les trois versets suivants nous expliquent que :

3. Et si Allah n’avait pas prescrit contre eux l’expatriation, Il les aurait certainement châtiés ici-bas; et dans l’au-delà ils auront le châtiment du Feu.

4. Il en est ainsi parce qu’ils se sont dressés contre Allah et Son messager. Et quiconque se dresse contre Allah… alors, vraiment Allah est dur en punition.

5. Tout palmier que vous avez coupé ou que vous avez laissé debout sur ses racines, c’est avec la permission d’Allah et afin qu’Il couvre ainsi d’ignominie les pervers.

Si l’on reprend la réponse des oulémas saoudiens (nos « alliés », dit en passant) au patriarcat orthodoxe russe (traduite par le professeur Dominique Avon ici), on peut voir que l’utilisation du terme pervers s’adresse effectivement à l’occident:

Et nous invitons ceux qui en ont les moyens parmi vous à rallier le cortège du jihâd, car votre jour est venu.

Dieu est dans votre islam, votre pays, et votre honneur. Ceux qui renoncent au jihâd seront humiliés. Accomplissez le jihâd contre l’ennemi de Dieu et votre ennemi car Dieu est avec vous et les musulmans sont avec vous de toutes les manières possibles si Dieu le permet. Alors la victoire émergera sous peu.

3- A vous, les chefs des mujâhidîn

Les gens de la perversité se sont rassemblés au nom de leur perversité. Les nations mécréantes de l’Orient et de l’Occident ont fait cause commune contre vous,(…)

L’utilisation faite par Daesh de la sourate est donc tout à fait valable d’un point de vue théologique. L’État islamique se considère comme l’héritier de Mahommed et n’a d’ailleurs que rarement été attaqué, d’un point de vue théologique, sur le fond, mais généralement sur la forme ou sur le timing. C’est pour cela d’ailleurs que le pilote brûlé vivant dans une cage provoqua un tel tollé. Non pas parce que ce meurtre fut particulièrement cruel, mais parce qu’il ne trouve aucune légitimation religieuse possible. Tout le reste en revanche peut et a été légitimé par les textes. Les versets 18-24  sont d’ailleurs un avertissement aux croyants pour faire la différence entre la « perversité » et la « piété ». La menace qui sous-tend le message de Daesh est de fait très claire et deux choix nous sont proposés : soit on nous massacre ou on nous expulse, soit on capitule et on se convertit.

On peut dès lors débattre pour savoir si cette interprétation du texte est ou n’est pas licite, mais il n’en reste pas moins que les passages en question peuvent effectivement être compris dans le sens que lui donne Daesh. De faire croire en permanence que l’État islamique n’a aucune notion du Coran ou n’a aucun lien avec l’Islam est d’un aveuglement imbécile et ne rassure que celui qui veut se rassurer.

Quand Hillary Clinton déclare que nous sommes en guerre contre Daesh pas contre l’Islam, elle a en même temps raison et tort. Non, nous ne sommes effectivement pas en guerre contre l’Islam dans son ensemble. Mais Daesh n’est que le bras armé d’une certaine vision de l’Islam et c’est cette vision de l’Islam qu’il faut combattre en commençant notamment par arrêter de fermer les yeux quand la réalité nous dérange.

On ne peut vaincre un adversaire que quand on ose le nommer et aujourd’hui un simple « pas d’amalgame » ne suffit plus.

Les terroristes sont le produit d’un Islam identitaire, politique et radical qui ne pourra être surmonté que si l’on soumet la religion musulmane au même traitement auquel nous avons soumis l’ensemble des autres religions en Europe et en réaffirmant les valeurs qui sont les nôtres. Rouvrir le débat, c’est empêcher qu’il soit pris en otage par les extrémistes de tous les bords. Ce ne sont pas tant les grandes défaites qui font sombrer une démocratie, mais les petits compromis quotidiens, les reculades discrètes et les arrangements lâches qui permettent aux extrémistes de se tracer le chemin vers le pouvoir.

Paris n’a pas tant besoin de prières, Paris a besoin de solidarité, d’unité et de courage. Ubi concordia, ibi victoria.

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Vox Populi Vox Dei

MerkelCornichon

La chancelière allemande aurait-elle perdu la raison ? À en croire certains médias, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Comment une femme politique de l’envergure de Mme Merkel a-t-elle pu alors se fourvoyer de la sorte ? Comment une personne politique connue pour son calme et sa capacité d’analyse a-t-elle pu s’isoler de la sorte voyant s’éloigner tour à tour ses alliés historiques et ses plus fidèles lieutenants ?La crise des migrants aurait-elle finalement raison de Mme Merkel ?

Rien n’est joué. Les raisons qui ont poussé la chancelière allemande à se placer sur cette pente glissante sont d’ordre économique et moral.

Économique parce que l’Allemagne a effectivement besoin de main-d’oeuvre et d’un flot migratoire raisonnable venant compenser la faible natalité. Moralement ensuite parce qu’Angela Merkel est attaquée de toutes parts pour sa rigidité durant la crise grecque. La bataille de la crise financière grecque ayant été portée non pas sur le terrain rationnel macro-économique, mais sur le terrain de l’émotionnel et de la souffrance individuelle, la chancelière avait besoin de se reconstruire une image plus humaine. La dimension historique de son choix n’est pas anodine non plus. L’Allemagne garde une forte conscience de sa « dette » morale héritée du national-socialisme. Elle cherche en permanence à montrer qu’elle n’a plus rien en commun avec le monstre qu’elle fut l’espace de douze années. Du slogan de la coupe du monde de 2006 à la main tendue aux migrants, l’Allemagne veut réussir son idéal économicosocial. Hors des frontières européennes et pour un grand nombre de migrants, l’Allemagne symbolise déjà la puissance économique, la sécurité et la promesse d’un avenir meilleur. Une sorte de paradis sur terre comparé à l’enfer qu’ils fuient. Et effectivement, d’un point de vue uniquement numérique, que sont les 4 millions de réfugiés potentiels face aux 500 millions d’Européens ? Pourtant, cette goutte d’eau pourrait effectivement faire déborder le vase.

Car l’erreur de Merkel est ailleurs. Ce ne sont pas les migrants qui sont en cause, ce sont le système politique et la grille de lecture des conflits qui traversent le monde euroméditerranéen.

Une envie de démocratie

Commençons par le système politique. Toute révolution culturelle contient les germes d’une révolution au sens large. Internet et la révolution technologique de ces deux dernières décennies ont profondément et durablement modifié la vision démocratique d’un large pan de la population. Sur internet, la parole jouit d’une totale liberté pour le meilleur et pour le pire. Sur internet, chacun peut participer au financement d’un projet ou à la création de contenu. Internet est un monde horizontal et c’est là toute sa beauté et sa laideur. Il n’y a pas comme pour les médias traditionnels, télévision et radio en première ligne, cette verticalité mortifère qui sélectionne un contenu prémâché, diffusé au bon vouloir des services responsables. Dernier bastion d’une certaine élite déconnectée et incestueuse qui reproduit en permanence les mêmes schémas de pensée. Sans d’ailleurs garantir cette soi-disant qualité autorevendiquée. La charge malhonnête du philosophe Enthoven contre le youtuber Durendal (dans : Le gai savoir -France Culture) en est une des illustrations récentes les plus parlantes. Non pas que je veuille défendre Durendal ni ses positions, je ne porte pas de sympathie particulière pour sa chaine ni ses propos, ou attaquer le philosophe Raphaël Enthoven, mais il convient de dénoncer le mépris presque hystérique des deux intervenants envers la culture du net et la profonde ignorance dont ils ont fait part. J’ajouterai également que je suis un auditeur régulier de France Culture au même titre que je suis un gros consommateur de chaines YouTube. Ce que Enthoven et Raiman dénoncent comme un symptôme est en réalité un symbole pour une nouvelle ère de la communication et du partage. La peur panique qu’expriment les charges régulières contre Wikipédia, les blogs et les youtubers dans les médias traditionnels vient du fait que, désormais, tout le monde peut s’inviter à la table des débats. Les sphères de l’expression publique, annexées par une petite frange de la population sont désormais accessibles à ceux et celles qui désirent s’y exprimer.

Or, et c’est là tout l’intérêt de cette altercation, si Durendal est un symbole, ce n’est pas pour ses propos en soi, mais pour le changement de paradigme sociétal dont il est le produit. Car ce ne sont pas ses attaques visant le vieux Godard, ni ses compétences qui sont au coeur de l’affrontement, c’est sa légitimité à avoir un avis. La réponse de Enthoven dans son article « De quoi Durendal est-il le nom » illustre à merveille cette conviction dangereuse que l’homme du peuple n’a pas à avoir d’ avis. Le peuple est dangereux, ignare et incapable de prendre les bonnes décisions et il convient pour son plus grand bien de le soumettre à une bienveillante et paternelle élite qui assurera son avenir tout en le méprisant. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il n’y a pas de véritable démocratie qui ne soit participative et il n’y a pas d’autre souverain que le peuple.

On voit dans les projets citoyens comme le parc éolien de Béganne en Bretagne ou les milliers de financements participatifs sur le web que les populations peuvent réaliser de grandes choses dès lors qu’on leur en laisse l’opportunité. On peut voir aussi qu’un youtuber comme Karim Debbache n’a pas besoin d’autre chose que de son talent et de son humour pour voir son émission financée par la communauté des internautes à hauteur 160 000 euros. Uniquement pour qu’il puisse donner son avis sur le cinéma. Ce sont ces foules qui, ensemble, accomplissent ce que l’individu ne peut réussir seul.

Je ne peux m’empêcher de penser à ces prophéties autoréalisatrices que sont la théorie X et la théorie Y de Douglas McGregor quand Enthoven parle de la foule. À force de voir le mal, on finit par le créer.

La politique de l’égo

Voir comment la classe politique se déchire autour de la question des présidentielles de 2017 au détriment d’une politique de l’ici et du maintenant ne laisse guère de place à l’optimisme. La cinquième république a été construite autour d’une personnalité et d’un culte de la personnalité. La France est en permanente recherche du sauveur providentiel qui viendra presque magiquement apporter des réponses à des questions qui, pourtant, dépassent largement les frontières nationales.

Mais comme le peuple grec qui vota par défaut pour un gouvernement Siriza Bis, il n’y a plus d’homme providentiel en France. Il n’y a même plus de nouveaux challengers. Il n’y a que des chevaux sur le retour. Et même s’il en était autrement, la croyance en l’homme providentiel est en soit une idée dangereuse. Elle porte en elle autant les germes de l’autocratie que de la déception et de l’amertume. Voulons-nous vraiment d’un Léviathan qui paternellement s’occupe de nous en nous privant par la même occasion de ce bien précieux qu’est la liberté citoyenne?

Car la solution est bien plus simple qu’il ne parait. Si la France souffre d’une égomanie tétanisante, c’est qu’il est peut-être temps de passer à autre chose. Imaginons un instant qu’à la place de la cinquième république, nous en construisions une sixième sur le modèle suisse par exemple. Finis les grands combats de boue pour la présidence, finis les égos démesurés qui ne cherchent que l’accès au pouvoir pour la satisfaction personnelle et fini le 49.3.

Il n’y a en Suisse ni de chef d’État, ni de chef de gouvernement, mais un collège. L’actuelle présidente de la confédération, Simonetta Sommaruga, n’est que la prima inter pares. Elle n’a nullement besoin de souligner sa « normalité » tant le concept même de « caste » politique est absent du système suisse.

Certes, tout n’est pas rose dans la confédération et il ne s’agit pas de faire l’éloge d’une herbe lointaine et donc, nécessairement plus verte. Mais soyons honnêtes, la crispation sociale actuelle, citons l’exemple d’Air France, n’aurait pas lieu de s’exprimer ainsi si le peuple français avait l’impression de ne pas être seulement le spectateur d’une politique qui le craint et le méprise.

Il n’y a en France pour agir sur le politique ni votation ni initiative. Tout juste de loin en loin des référendums qui n’engagent personne. Tous les 5 ans, les Français sont amenés à voter pour un cercle restreint d’hommes et de femmes issus d’un circuit balisé. Les soi-disant antisystèmes ne dérogeant pas à la règle. En France, on est homme politique de métier et la course pour telle ou telle fonction perdure entre l’entrée en politique et la fin de vie ou pour reprendre Brassens « Quand l’un d’entre eux manquait à bord, c’est qu’il était mort. »

À droite, nous aurons ainsi le fringuant senior Juppé, le challenger Fillon, le président déchu Sarkozy, les embusqués Copé, Le Maire, Bertand, Estrosi et Morano. Je propose de changer le nom de primaire en « murder party ».

À gauche, ce n’est guère mieux, mais c’est plus discret pour le moment. Valls pour ne nommer que lui, prudent, préfère ne porter la couronne qu’après le deuxième mandat de Hollande. Si ce n’est pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir réintroduit…

L’extrême gauche fera 10% dans son coin, partageant son maigre butin entre le bruyant Mélanchon et les divers inconnus.

L’extrême droite, plus dynastique et sans surprise nous servira comme toujours la même soupe à base d’un ou d’une Le Pen qui nous expliquera les méfaits de l’Europe, de la droite molle, de la gauche, de l’euro, des médias qui ne parlent pas assez d’eux etc, etc. Chaque représentant des autres partis hurlera que ses adversaires font le jeu du FN en espérant secrètement se retrouver au deuxième tour dans la position du champion démocratique contre le fascisme rampant. Ainsi, nul besoin d’avoir des idées au risque de se brûler les ailes.

Quand Philippe Martinez (secrétaire général de la CGT) déclare « Faites attention, ça va exploser », il n’a certainement pas tout à fait tort.

La première erreur de Merkel n’est donc pas de son cru, elle est généralisée au sein du monde politique et culturel européen. Le peuple 2.0 a soif de démocratie et supporte de plus en plus mal de n’avoir aucun outil concret pour exprimer ses craintes, ses revendications et ses espérances. Si l’Europe veut regagner sa légitimité, elle doit le faire par la démocratie participative et directe.

Certes, les peuples peuvent se tromper cruellement, mais cela veut-il pour autant dire que les hommes politiques et les élites sont infaillibles ?

Comment peut-on expliquer d’ailleurs que depuis 68, on nous inculque en permanence que « tout se vaut » tout en s’empressant en même temps de démontrer, pour paraphraser la ferme des animaux, que toutes les cultures sont égales, mais que certaines le sont plus que d’autres. Et il en va de même pour les idées et les opinions.

Cachez ce religieux que je saurais voir

La deuxième erreur de Merkel est la non-prise en compte de la dimension religieuse des conflits et des migrations. L’Europe post-45 s’est tellement habituée à exclure machinalement la dimension religieuse pour expliquer les conflits qu’il est devenu naturel de réduire toute confrontation à des raisons économiques, politiques et/ou sociales. Cet aveuglement explique notre impuissance face à des conflits qui ne s’expriment plus qu’à travers l’émotionnel. L’Europe est consciente que la relative paix religieuse qui règne sur le continent n’est due qu’à un processus douloureux plusieurs fois centenaire qui permit la véritable séparation entre la religion et l’État et surtout la liberté d’expression. Le féminisme n’a été possible qu’en brisant un carcan religieux d’une misogynie organisée. Un de mes passages préférés à ce sujet reste certainement 1 Timothée 2:12-15 :  » Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre de l’autorité sur l’homme; mais elle doit demeurer dans le silence. Car Adam a été formé le premier, Ève ensuite; et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui, séduite, s’est rendue coupable de transgression. Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté. » Ou par équilibre, la sourate 2.223 « Vos épouses sont pour vous un champ de labour; allez à votre champ comme [et quand] vous le voulez et oeuvrez pour vous-mêmes à l’avance. Craignez Allah et sachez que vous le rencontrerez. Et fais gracieuses annonces aux croyants! » La femme est un ventre ou un champ qui doit se taire devant l’homme. Et puis, si nous en sommes là, c’est de sa faute. Elle n’avait qu’à pas vouloir s’instruire (arbre de la connaissance) et rester vautrée bêtement comme Adam dans son canapé à se curer le nez. Les guerres de religion aux XVIe et XVIIe siècles en Europe ont paradoxalement permis par leur horreur le début de cette émancipation nécessaire du religieux dans la société civile. Mais cette évolution n’a eu lieu qu’ici et elle n’est toujours pas compréhensible pour une grande partie de la planète (dont les USA). Certains conflits comme la guerre israelo-palestienne ne peut pas être réduite à une dimension politique, néocolonialiste ou sociale. Il n’y a ni enjeux économiques, ni pétrole, ni diamants, mais une vraie guerre de religion où les uns souhaitent la destruction des autres. L’esplanade des Mosquées et le mur des Lamentations n’ont aucun intérêt stratégique réel autre que religieux. Et il en est de même en Syrie.

Quand l’Europe et les USA ont commencé à déstabiliser le Moyen-Orient, ils n’ont pas tenu compte de la puissance délétère des conflits religieux. Quand Michel Onfray déclare chez Ruquier que les racines du terrorisme se trouvent dans une politique « islamophobe » des USA, il a complètement tort. Sadam Hussein était détesté par les forces religieuses. Ce sont les USA qui ont rouvert les écoles coraniques pour « vacciner » les populations contre le communisme. Nos alliés sont les Saoudiens aussi proches de Daech sur le fond qu’éloignés des idéaux des Lumières.

Or l’ambiance tendue qui règne en Europe s’explique également par un mélange identitaire et religieux. Le religieux est la grille de lecture et d’explication pour bon nombre de nos concitoyens et il ne faut pas passer sous silence les nombreux « je ne suis pas Charlie », « je suis Kouachi » ou récemment « Je suis Charlie, on n’en veut pas! ». L’antijudaïsme, la mysoginie, l’homophobie et la quête identitaire marquée de pans entiers de la population ne sont pas à prendre à la légère.

Pour ne pas devoir se confronter à ces problèmes, la classe dirigeante préfère fermer les yeux, laissant ces thématiques à l’extrême droite après leur avoir déjà cédé les symboles et l’identité.

Le FN en France ou Pegida en Allemagne ne sont que la pointe visible de l’iceberg.

Dès lors, les fronts ne peuvent que se durcir entre une partie de la population qui se sent délaissée et ignorée et les nouveaux arrivants qui symbolisent pour beaucoup un renforcement des conflits religieux déjà présents et dont certains partis de droite comme de gauche ont fait leur fonds de commerce. L’amalgame permanent entre critique du religieux et racisme, allant jusqu’à créer le terme d’« islamophobie académique » pour désigner le travail critique de chercheurs laïcs, nourrit en permanence les rancoeurs et alimente les discours des extrémistes de tous les bords en empêchant le débat constructif et en transposant la question théologique dans le domaine de l’interdit.

La gestion calamiteuse des flux de migrants par l’Europe ajoute à cette situation explosive la sensation de ne plus avoir de capitaine à bord. Pour l’Union, par sa position de leader économique, l’Allemagne joue ce rôle qu’elle ne parvient pas à assurer. Si rien n’est fait et que nous persistons dans cette politique de l’autruche au lieu de libérer le débat et de rendre la parole aux populations, alors nous irons en droite ligne vers la catastrophe. Les révolutions ne se font pas avec des grandes écoles, elles se font avec de simples fourches.

Quand on voit le nombre de personnes prêtes à accueillir des migrants ou celles qui aident à construire des abris dans la jungle de Calais, on peut voir de véritables élans de solidarité citoyenne. Pourquoi ne pas laisser aux citoyens les clefs de leur cité pour que chacun assume sa part de responsabilité en son âme et conscience ?

Si le politique s’entête à vouloir agir sur des grandes questions sociétales sans demander d’abord l’aval de sa propre population, seule garante légitime du bien public, il finira de braquer les uns contre les autres.

Que restera-t-il de l’Europe quand les pays membres auront rétabli leurs frontières ? Que ferons- nous quand les migrants surpris par l’hiver n’auront plus que le choix entre forcer les barrières et mourir de froid ?

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Classé dans La chronique du bocal à cornichons