Onfray ou les errances médiatiques d’un philosophe à genoux

cornichondor

 

 

 

Il existe un certain nombre de philosophes que j’aime particulièrement. Pour n’en citer que quelques-uns : Démocrite, Holbach, Kant, Rosset, Dennett, Schopenhauer, Wittgenstein, Nietzsche et tout particulièrement Spinoza.

S’il est un philosophe qui devrait servir de modèle, à mes yeux, c’est bien Spinoza. Tout d’abord parce qu’il  révolutionna la philosophie et rendit possible par son intelligence la naissance des Lumières radicales. (Si je peux donner un conseil de lecture : plongez-vous dans les travaux de Jonathan Israel sur Spinoza.)

Ensuite, parce que Spinoza fit le choix de mourir isolé avec comme seul soutien un médecin venu d’Amsterdam pour que personne ne puisse après sa mort prétendre qu’il avait renoncé à ses idées sur son lit de mort, comme ce fut le cas pour bon nombre de philosophes. L’Église s’était fait une spécialité d’attendre la mort imminente d’un philosophe déplaisant pour venir comme le vautour affamé se nourrir de la peur et de la douleur du mourant. Spinoza était modeste, brillant et droit jusqu’au bout.

Et puis il y a des philosophes comme Michel Onfray. J’ai beaucoup lu Onfray et si je ne partage pas toujours ses idées, j’avais le plus grand respect pour sa force de travail, son engagement de philosophe athée, atypique et populaire loin des cercles parisiens.

Mais voilà, Onfray a fait du « politiquement incorrect » son fonds de commerce. Tant et si bien qu’il a fini par s’égarer complètement dans les abimes de la contradiction automatisée qui ne brille que par le raccourci et l’approximation. L’important n’est plus ce qui est dit, l’important, c’est d’avoir une occasion médiatisée de dire quelque chose. Même si ce quelque chose est indécent et inepte.

En un mouvement, un seul, Onfray fait de Daesh le représentant de tous les musulmans (qui a dit amalgame ?), rend responsable l’Occident du terrorisme et propose comme solution la capitulation. Abu Bakr al-Baghdadi en a rêvé, Onfray l’a fait. Car, oui, Onfray reprend mot pour mot la propagande de Daesh leur faisant ainsi un merveilleux cadeau de communication. Mais Onfray, en grand géostratège, historien et spécialiste de l’Islam, va plus loin. Car pour défendre la paix, nous dit-il en substance, et puisque c’est notre faute, il faut simplement arrêter de bombarder Daesh et tout ira bien.

« Est-ce qu’il n’y a pas des chancelleries, des diplomaties, des pays avec lesquels on pourrait envisager autre chose que bombarder l’Etat islamique ?  » nous demande-t-il. Si, certainement. Uniquement des gens éclairés et sympathiques. Même l’Arabie Saoudite commence à attraper froid aux pieds, c’est dire.

Quoi de plus logique que de laisser grossir encore plus un monstre qui est à nos portes ? Laissons-lui la possibilité de se faire une vraie santé et de mettre la main sur des réserves inépuisables de pétrole. Daesh a encore tellement de monde à massacrer et de trésors de l’humanité à anéantir qu’il manque presque de temps pour tuer des gens chez nous. Mettons dans un sac les terroristes et tous les musulmans par la même occasion. Surtout, il est important de ne pas venir en aide à tous ces intellectuels qui risquent leur vie, nous pourrions contrarier Daesh.

Il me vient à l’esprit une citation de Churchill  (« The sequel to the sacrifice of honour would be the sacrifice of lives, our people’s lives. ») pour l’occasion.

Non, la « pensée » douillette, confortable et bien nourrie d’un philosophe hédoniste n’est finalement ni courageuse, ni grande, ni inspirante. Pour reprendre les mots d’Onfray :« Mon travail de philosophe consiste à mettre en perspective les choses. » C’est malheureusement chose faite.

 

 

 

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Classé dans La chronique du bocal à cornichons

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