Archives mensuelles : décembre 2015

Johann Lorenz von Mosheim ou Un exemple du paradoxe de l’orthodoxie modérée

Résumé (Article publié par l’Institut du Pluralisme Religieux et de l’Athéisme)

Quand il est aujourd’hui question de religion dans les débats publics, une question revient régulièrement : la personne s’exprimant est-elle ou non « radicale », « extrémiste », « modérée », « éclairée », « orthodoxe » ou encore « réformatrice ». Tant bien que mal, les auditeurs, spectateurs et lecteurs classent alors ceux dont ils partagent ou non les idées dans ces cases qui décideront de l’interprétation du message porté. Ce classement n’est ni nouveau ni réservé à la théologie, mais les bouleversements auxquels notre société est confrontée l’ont remis à jour. Certains de ces théologiens qui s’expriment publiquement et influent sur le débat général parviennent pourtant en permanence à échapper au classement. Nageant habilement entre deux eaux, ils sont tantôt conservateurs tantôt réformateurs et se décrivent eux-mêmes comme particulièrement conciliants, présentant à celui qui tente de les enfermer un peu vite dans une case une cuirasse rhétorique parfaitement lisse. Ce n’est qu’en prenant le recul nécessaire, en comparant leurs écrits et leurs dires dans leur intégralité, que l’on parvient à définir cette ligne idéologique souple qui leur permet de défendre discrètement le fondamental tout en négociant bruyamment l’accessoire, à faire des compromis sur la forme sans jamais toucher au fond.
C’est par le biais d’un théologien du XVIIIe siècle particulièrement connu en Allemagne, Johann-Lorenz Mosheim, que nous allons étudier les fonctionnements de ce paradoxe de l’orthodoxie modérée qui permet à des conservateurs d’être, dans l’esprit collectif, comptés dans les rangs des réformateurs.

Summary

When we talk about religion in public debates, one question keeps recurring: is the person speaking a “radical”, an “extremist”, a “moderate”, “informed”, an “orthodox” or a “reformer”? Audiences try—with some difficulty—to classify those they share ideas with (or don’t) in boxes that will determine the interpretation of the message. This classification is neither new nor the exclusive realm of theology, but the turmoil our society is facing has put it back on the radar.
Some of these theologians who speak publically and have influence on the general debate do manage to avoid any form of classification. Straddling the fence, at one time they appear as conservative and at the other as reformer. They describe themselves as particularly acquiescent and show anyone who tries to put them in a box a perfectly smooth rhetorical armor. It is only by taking the necessary perspective, by comparing their written work and their speeches in full, that one becomes able to define this pliant ideological line that enables them to discreetly defend the fundamental while nosily negotiate the accessory, compromising on the form while never touching the substance.
We will study the mechanics of the paradox of this moderate orthodoxy, which allows conservatives to appear, in the collective mind, as reformers, through the case study of Johann-Lorenz Mosheim, a 18th century theologian well-known in Germany.

Lire la suite…

 

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Recherche & Communications